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Nouvel obs

Semaine du jeudi 21 juillet 2005 - n°2124 - Monde

Erythrée-France

L’affaire G.A

Les fonctionnaires français chargés d’instruire les demandes d’asile politique ont-ils eu vent du récent rapport de Reporters sans Frontières qualifiant l’Erythrée de «plus grande prison d’Afrique» pour ses journalistes? Manifestement, non. Gaberamadhien Asebaha, reporter-photographe érythréen de 26 ans, est retenu en zone d’attente à Roissy depuis le 1er juillet. Le ministère de l’Intérieur a refusé son admission sur le territoire français au titre de demandeur d’asile politique et exige son expulsion. Saisie par l’avocat du journaliste, Me Jean-Eric Malabre, la Cour européenne des Droits de l’Homme vient de demander à la France de suspendre sa décision d’«éloignement» au moins jusqu’au 30 août. Très rarement prononcée, cette mesure montre l’intérêt que porte la CEDH à cette affaire sensible.

Deux fois arrêté dans son pays en raison notamment de sa collaboration au journal «Keste Debena», G.A. a passé plusieurs mois en prison, où il a subi des tortures dont il garde des séquelles physiques. C’est après s’être évadé lors d’un séjour à l’hôpital qu’il a rejoint le Soudan avant de gagner la France.

L’arrêté ministériel du 6 juillet qui ordonne son expulsion indique que G.A n’a pu établir qu’il a bien été journaliste et évoque l’incohérence de ses propos, notamment en termes de chronologie. Or M.M, l’ancien rédacteur en chef de «Keste Debena», actuellement réfugié aux Etats-Unis, confirme que G.A a bien travaillé pour lui et qu’ils ont été arrêtés et détenus ensemble. Pour Me Malabre, la police a procédé à un «simulacre d’enquête». Il précise que son client, qui s’exprime dans un anglais sommaire, n’a pas bénéficié d’un interprète. Et rappelle que le calendrier en usage en Erythrée n’est pas le calendrier français (il y a sept ans et huit mois de différence entre les deux), ce qui peut expliquer le caractère confus du récit fait par le journaliste.

La France va-elle se rendre aux arguments de la Cour européenne, rouvrir le dossier du journaliste et revoir sa décision, ou choisir d’ignorer la demande de la CEDH et renvoyer G.Aà ses bourreaux?

Virginie Sancico