Retour au sommaire généralités


À propos... — Numéro 5 — Janv. - mars 2004

http://journal.apropos.free.fr/index.html

ZAPI 3

 

ZAPI 3… Ce n'est pas le nom d'une BD futuriste ou du troisième épisode d'un manga japonais, c'est l'acronyme barbare de la 3ème Zone d'Attente pour Personnes en Instance.

Selon l'article 35 quater de l'ordonnance du 2 novembre 1945, un étranger peut être maintenu en zone d'attente s'il est non admis, en transit interrompu ou demandeur d'asile. Il se voit alors reconnaître un certain nombre de droits.

Le logement et la nourriture sont assurés par l'État pendant la durée du maintien en zone d'attente (maximum 20 jours). La zone d'attente peut inclure "un ou plusieurs lieux d'hébergement assurant aux étrangers concernés des prestations de type hôteliers".

Ces zones d'attente sont situées à proximité des aéroports car les gens qui y sont enfermés sont attrapés à la descente des avions avant qu'ils ne passent les contrôles de police et qu’ils n’entrent sur le territoire français. Ils sont donc dans un no man's land géographique et juridique car avant leur enregistrement par la Police aux frontières (PAF) comme non admis ou demandeurs d'asile, ils n'existent pas pour l'administration et n'ont par conséquent aucun des droits élémentaires prévus par les textes relatifs à l'immigration.

Dans les aéroports, les cellules où sont maintenus les étrangers sont exiguës, insalubres et coupées de tous contacts avec l'extérieur.

Après leur enregistrement – qui peut être plus ou moins laborieux selon la volonté des policiers de la PAF - ces "non admis" sont placés dans des lieux d'hébergement comme ZAPI 3, s'il y a de la place.

Cette zone, ouverte depuis janvier 2001, accueille environ 180 personnes, dont 48 places pour des familles et 18 pour des mineurs. Le bâtiment comporte un rez-dechaussée et un étage, un espace récréatif et un jardin entouré d'un grillage avec un système d'alarme.

Une sortie directe sur les pistes de l'aéroport est aménagée. Si les étrangers sont libres de leurs mouvements

à l'intérieur de ZAPI 3, chaque fenêtre est condamnée et des sas de sécurité séparent la partie administrative de la partie où sont maintenus les étrangers. Le bâtiment est "protégé" par des rangées de grillages de 4 mètres de

haut et la présence permanente de cars de CRS. Une salle de contrôle, une quinzaine de caméras de surveillance et une salle de fouille individuelle sont réparties dans le bâtiment. Un haut-parleur d'un niveau sonore excessif pour ne pas dire agressif ponctue souvent les conversations par des appels nominatifs ou collectifs, pour la pause déjeuner, par exemple.

Comme le prévoit la loi, la détention en zone d'attente ne peut excéder 20 jours. Les policiers ont mis au point l'astuce de la procédure "ping-pong". Comme son nom l'indique, l'étranger est renvoyé dans un pays quelconque,

"ping" d'où il a de fortes chances d'être à nouveau renvoyé à l'expéditeur "pong". Et le tour de magie est joué: le compteur est remis à zéro, il pourra à nouveau faire 20 jours en zone d'attente. Le record est aujourd'hui de 172 jours après de multiples ping-pong !

Mariam Dembélé

a_mayi@yahoo.fr

® DR