Retour au sommaire presse

AP

La Croix-Rouge s'installe dans la zone d'attente de Roissy
lundi 6 octobre 2003

ROISSY, Val d'Oise (AP) - La Croix-Rouge française s'installe dans la zone d'attente de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, où sont placés les étrangers refoulés à la "première frontière de France" le temps que leur cas soit tranché. L'association y assurera à partir du 14 octobre une présence permanente, dans le cadre d'une convention signée lundi par son président Marc Gentilini et le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

Depuis plusieurs années, les ONG qui défendent les droits des étrangers réclament une présence permanente dans cette zone d'attente, où les associations habilitées ne sont autorisées à effectuer que huit visites par an. Une zone d'attente qui s'apparente pour certaines associations à une zone de non droit où les clandestins et demandeurs d'asiles sont maintenus, pour une durée maximale de 20 jours, dans des conditions souvent jugées déplorables.

L'antenne de la Croix-Rouge, sera dirigée par Michel Derr, ancien directeur du centre d'accueil des réfugiés de Sangatte (Pas-de-Calais) qui a fermé ses portes en décembre dernier. La permanence emploiera 23 salariés, dont plusieurs anciens de Sangatte.

Cinq équipes de quatre personnes se relaieront 24 heures sur 24 pour veiller au "respect de la dignité des personnes", fournir les biens de première nécessité -une mission humanitaire jusqu'ici assurée par l'OMI (Office des migrations internationales)- transmettre les informations utiles et jouer les médiateurs. Le financement d'un million d'euros sera fait par le biais de l'Etat, a précisé M. Sarkozy.

La Croix-Rouge, déjà présente dans les zones d'attente en Espagne, Allemagne, Belgique ou en Italie, sera là également pour formuler auprès de l'Etat des propositions sur le fonctionnement de la zone d'attente. "Nous serons soucieux de rendre compte de la vérité", a expliqué le Pr Gentilini. Mais "nous ne dénoncerons pas sur la voie publique".

Pour le ministre de l'Intérieur, la convention signée lundi, pour six mois à titre expérimental, montre qu'il est possible de concilier une politique de lutte contre l'immigration illégale "ferme et déterminée" avec le respect de la dignité humaine et des droits de l'Homme.

"Nous n'avons rien à craindre de la transparence", a assuré Nicolas Sarkozy. "Cela permettra de mettre un terme aux politiques incessantes depuis 20 ans que l'on entend sur ce qui se passe en zone internationale. On peut à la fois être ferme et humain c'est toujours ce que j'ai dit".

Pour lui, "la présence d'un acteur neutre sera précieuse". Rappelant que des observateurs de la Croix-Rouge peuvent désormais accompagner les clandestins expulsés lors de vols groupés, le ministre ajouté que cette présence n'est pas "tant nécessaire pour surveiller" la Police aux frontières (PAF) que pour "rassurer" les étrangers.

Actuellement, le taux moyen d'occupation de la zone d'attente de Roissy est de 100 personnes, contre 500 en avril dernier, pour 296 places, selon le ministre qui a attribué cette baisse à la "pratique de fermeté" du gouvernement, notamment la multiplication des contrôles. La surpopulation conduisait à des conditions de séjour "particulièrement inacceptables" des étrangers, a reconnu le ministre, évoquant des étrangers "littéralement entassés dans des salles non aérées".

Avant de se rendre à Roissy, Nicolas Sarkozy avait eu dans la matinée une réunion de travail avec les associations membres de l'Anafé (Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers) sur un projet de convention. L'Anafé a formulé des propositions d'amendement au texte et le ministre a dit qu'il ferait connaître sa réponse avant la fin octobre. AP

sb/cov/mw