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Zones d'attente : les associations exigent un "droit de regard extérieur"

Par Cécile FEUILLATRE PARIS
11 déc 2001 (AFP)

Plusieurs associations ont réclamé mardi un accès permanent aux zones d'attente où sont retenus les étrangers interdits d'entrée sur le territoire, dénonçant une situation "catastrophique" dans ces zones, tant du point de vue matériel qu'au niveau du droit. "La situation est purement et simplement catastrophique", "les droits des étrangers sont complètement bafoués", "c'est effrayant" : les associations de défense des étrangers, qui tirent régulièrement la sonnette d'alarme à propos des zones d'attente, étaient unanimes mardi, lors d'une conférence de presse, pour dénoncer une détérioration générale de la situation. Les zones d'attentes accueillent les étrangers qui arrivent en France soit sans passeport ou visa, soit sans document leur permettant de poursuivre leur voyage, soit qui solliciteraient l'asile sans les documents requis pour être admis au séjour. Outre des conditions matérielles déplorables --manque d'hygiène, de soins, précarité--, les étrangers retenus en zone d'attente sont, volontairement ou non, laissés dans l'ignorance de leurs droits, dénoncent ces associations, parmi lesquelles l'ANAFE (Association nationale d'assistance aux frontières pour les réfugiés, qui regroupe une vingtaine d'organisations), ou l'Association de défense des droits des étrangers du barreau de Paris. Ainsi, l'accès à un interprète, à un médecin, la possibilité de communiquer avec l'extérieur ou de s'entretenir avec un avocat, l'enregistrement en bonne et due forme des demandes d'asile, n'existent souvent que sur le papier, affirment ces associations. "résistance de l'administration" "Nous voulons un accès permanent et sans limitation aux zones, un regard extérieur est indispensable pour prévenir les violations du droit", a insisté la représentante de l'ANAFE, Hélène Gacon, tandis que l'avocate Véronique Costamagna réclamait l'organisation de permanences d'avocats et des garanties sur la confidentialité des entretiens. Sept associations sont habilitées à se rendre dans les zones d'attente et ont droit à huit visites annuelles chacune, mais "c'est trop peu, car nous n'avons pas le temps de tout voir ni d'apporter une assistance efficace à tous", a expliqué Patrick Delouvin, d'Amnesty International. En outre, "nous nous heurtons à de plus en plus de difficultés pour exercer notre droit de visite, alors que la situation est de plus en plus grave", a-t-il déploré. "Il existe clairement une résistance de l'administration sur l'accès à ces zones", a renchéri Me Costamagna, en rappelant que seuls les parlementaires avaient le droit d'effectuer des visites "inopinées", et que la presse était interdite d'accès. Les associations, auteurs en octobre d'une lettre ouverte à Lionel Jospin, dans laquelle elles demandaient au Premier ministre "d'utiliser ses pouvoirs réglementaires pour assurer l'effectivité des droits" des étrangers placés en zones d'attente, ont été reçues mardi à Matignon. "Nous sommes très insatisfaits de la réponse des services du Premier ministre, qui nous ont renvoyés sur le ministère de l'Intérieur, c'est à dire aux abonnés absents", a déclaré Mme Gacon, qui n'a pas exclu de porter l'affaire devant le Conseil d'Etat. Les associations ont également demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire.