Retour au sommaire presse


Nicolas Sarkozy ouvre la porte des zones d'attente aux associations

Par Sylvia ZAPPI

Le Monde - mardi 16 mars 2003

L'abcès a été percé. Après deux semaines de polémiques sur les zones d'attente, Nicolas Sarkozy semble avoir apaisé le conflit qui l'opposait aux associations. Le ministre de l'intérieur a reçu, vendredi 14 mars, les ONG intervenant dans la zone d'attente de Roissy, où sont maintenus les étrangers non admis sur le territoire. Il leur a annoncé son intention d'expérimenter une "présence permanente" des associations, ce qu'elles réclamaient depuis des années, afin de permettre une plus grande transparence.

Il a également confirmé son intention d'y organiser une permanence médicale constante. Les associations en sont ressorties plutôt "soulagées".

La réunion, proposée par le ministre au lendemain du charter reconduisant 54 Africains vers Abidjan et Dakar, lundi 3 mars, s'annonçait pourtant tendue. M. Sarkozy avait ainsi vertement tancé les associations, qui, dans deux rapports, avaient dénoncé les "violences policières" le 6 mars. "Une polémique qui n'a aucun sens", avait répliqué le ministre, accusant les associations, notamment la Ligue des droits de l'homme et le MRAP, de participer "à la montée de la xénophobie". A la veille de la réunion, M. Sarkozy avait annoncé son intention d'ouvrir les zones d'attente aux ONG "qui voudraient y être en permanence", à condition qu'elles s'en tiennent au "soutien humanitaire et social et pas à des conseils juridiques pour détourner les lois de la République". En présence de l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), d'Amnesty International, de Forum réfugiés, de la Croix-Rouge, de Médecins du monde, de France terre d'asile et du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), le ministre de l'intérieur a admis que le système actuel d'accès limité n'était pas satisfaisant.

FRÉQUENCE "LIMITÉE"

Actuellement, seules huit associations sont habilitées à effectuer chacune huit visites par an. Pour la Place Beauvau, cette fréquence "limitée" ne permet pas de garantir une réelle assistance sociale et humanitaire. M. Sarkozy a donc proposé une "nouvelle formule de présence permanente", qui serait expérimentée pendant quatre à six mois. Le cabinet du ministre est chargé d'élaborer d'ici à trois semaines un "cahier des charges" précisant ce rôle social et humanitaire, mais aussi la mission d'assistance juridique, que le ministre présentera dans un mois. Le ministre a cependant précisé que cette présence permanente ne pourrait être proposée qu'à une ou deux associations, et non à l'ensemble des huit actuelles. "M. Sarkozy ne s'oppose plus à notre mission d'assistance juridique, c'est une nette amélioration", estime Hélène Gacon, présidente de l'Anafé.

La deuxième annonce est également d'importance : une présence médicale 24 heures sur 24 va être organisée à l'aéroport de Roissy. Le ministre a ainsi proposé à la Croix-Rouge d'en assurer la mission par convention. Cette dernière remplacerait la convention existante entre les pouvoirs publics et l'hôpital Robert-Ballanger d'Aulnay-sous-Bois, qui prévoyait le détachement à mi-temps d'un médecin. "C'est une bonne chose ; voilà des années que nous demandions cette présence médicale à plein temps", s'est réjoui Patrick Delouvin, d'Amnesty International.

Deux points ont été reportés à une discussion ultérieure : la présence d'un observateur associatif dans les futurs "vols groupés" et les violences policières à l'égard des étrangers, dénoncées par les associations. Le ministre a simplement demandé que ses services soient saisis d'éventuels autres cas dans des délais plus rapides afin de permettre une vérification. Quant à la participation aux reconduites, elle ne serait "pas dissociable du rôle négocié en zone d'attente", selon un proche du ministre.

Si le ministre peut se féliciter d'avoir éteint la polémique, il semble qu'il ait aussi réussi à enfoncer un coin dans le front associatif. En laissant à la porte des négociations la LDH et en s'opposant violemment au MRAP, M. Sarkozy a tenu à faire la différence entre les organisations prêtes à intervenir dans le cadre fixé par le ministère et celles, les "politiques", qui continuent à s'opposer à sa politique de reconduite forcée.