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La Croix-Rouge va assister les étrangers en zone d'attente
Par Claire Guédon
Le Parisien , mardi 07 octobre 2003


ZONE D'ATTENTE DE ROISSY, HIER. Marc Gentilini, président de la Croix-Rouge française et Nicolas Sarkozy ont signé face à la presse une convention permettant à l'association humanitaire de venir en aide aux étrangers en zone d'attente de Roissy. (LP/C.G.)

HIER MATIN, le décompte était arrêté à 129. Interpellés à leur arrivée à Roissy, ces 129 étrangers sans papiers sont maintenus dans la zone d'attente de l'aéroport (Zapi), en instance de reconduite à la frontière.
« En quelque sorte incarcérés », a résumé Marc Gentilini. Le président de la Croix-Rouge française y a rejoint en fin de matinée le ministre de l'Intérieur, pour signer une convention expérimentale. A partir du 13 octobre au soir, l'association humanitaire sera présente à Roissy, 24 heures sur 24, pour porter assistance aux centaines d'immigrants stoppés chaque année à la « première frontière de France », selon les mots du ministre de l'Intérieur. Prise à l'essai, la Croix-Rouge a six mois pour convaincre. Aucune organisation non gouvernementale (ONG) n'avait jusqu'à présent eu le droit de s'installer de façon permanente en Zapi. Dans cet univers de la précarité, les étrangers peuvent rester confinés au maximum vingt jours. « C'est une zone de difficultés et d'angoisses », selon la
description de Marc Gentilini. « Les gens heureux ne migrent pas », a-t-il rappelé. L'antenne de la Croix-Rouge sera sous la responsabilité de Michel Derr (lire l'encadré), ex-directeur du centre d'accueil des clandestins de Sangatte (Pas-de-Calais). 23 salariés de l'association se relaieront à l'aéroport, parmi lesquels une dizaine « d'anciens » de Sangatte. Leur recrutement à Roissy « est aussi la reconnaissance de leur compétence », a souligné Nicolas Sarkozy. La Croix-Rouge, qui assurera une aide psychologique, sanitaire et médicale, aura également accès aux secteurs internationaux de l'aéroport. « Nous ferons un travail de médiation », a précisé Michel Derr, accompagné par des professionnels maîtrisant le chinois, le russe, l'arabe classique et les langues d'Asie centrale.

Ingérence et liberté de parole La Croix-Rouge vient en fait reprendre les tâches remplies jusqu'à aujourd'hui par l'Office des migrations internationales. Dépendant du ministère de l'Emploi et de la Solidarité, cet établissement public « se recentrera sur des missions plus fondamentales », a simplement commenté Nicolas Sarkozy. Une seconde convention, elle aussi expérimentale, est à l'étude avec l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafe). Engagé pour le respect des Droits de l'homme, ce collectif bénéficie huit fois par an d'un « droit de visite » des zones d'attente. Ses militants veulent apporter une aide juridique aux étrangers. « Il y a six mois, le ministère de l'Intérieur ne voulait pas en entendre parler. Il nous accusait de détourner les lois, note Patrick Delouvin, membre de l'Anafe et d'Amnesty International. Aujourd'hui, les choses se sont débloquées. Nous sommes prêts à faire ce qu'il appelle de l'ingérence dans les dossiers parfois mal traités. » La prochaine réunion avec Nicolas Sarkozy se déroulera à la fin du mois. De son côté, Marc Gentilini a assuré que la Croix-Rouge garderait sa liberté de parole : « S'il y a besoin, nous dénoncerons les dysfonctionnements. Il faut que la vérité apparaisse telle qu'elle est. »