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Les associations dénoncent les atteintes au droit d'asile dans les zones d'attente
LE MONDE | 25.11.04 | 14h21


Dominique de Villepin réaffirme son objectif de 20 000 reconduites d'étrangers en situation irrégulière en 2005.
Les atteintes au droit d'asile et les intimidations et violences continuent d'entacher les reconduites à la frontière des étrangers.
Dans le rapport qu'elle a rendu public, mercredi 25 novembre, au terme de six mois d'observation à l'aéroport de Roissy, l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) s'inquiète de ce constat. Toutefois, elle constate une amélioration des conditions d'accueil dans la zone d'attente pour personnes en instance (Zapi) 3.
L'association, habilitée par convention avec le ministère de l'intérieur à assister les personnes retenues dans cette structure d'hébergement des étrangers non admis sur le territoire, tire un bilan négatif de l'exercice des droits.
Premier constat, la plupart des demandes d'asile sont rejetées comme "manifestement infondées". 307 personnes rencontrées par les bénévoles de l'association sur 359 se sont vu refuser l'entrée en France pour ce motif.
L'examen des demandes pose ainsi plusieurs problèmes au regard de la convention de Genève : entretiens trop rapides, interprétariat déficient, "mise en doute systématique des récits", "pratique du soupçon sur la nationalité déclarée"... "Aujourd'hui le taux de rejet est de 96,3 % et cela démontre bien que la machine à refouler continue sur sa lancée", remarque l'Anafé.
L'association porte aussi des accusations graves sur les pratiques de la police aux frontières. Des renvois seraient régulièrement organisés vers des pays connaissant des situations de guerre civile ou d'insécurité, comme Haïti ou la Côte d'Ivoire, ou encore vers des destinations où les droits de l'homme sont régulièrement violés comme la République démocratique du Congo.
Les policiers continuent d'employer la force pour embarquer les personnes récalcitrantes en les attachant avec des "cordelettes en Velcro". De "nombreux"témoignages écrits font état de violences policières, pour "la plupart" lors des embarquements : "Tentatives d'intimidations", "insultes", "traces visibles de coups", "coups de pied dans les jambes", "piétinement du bas du ventre"... "Certains indices nous permettent de penser que ces actes ne sont pas isolés", insiste le rapport qui souligne l'emploi régulier de "corps spéciaux" de police - unité nationale d'escorte de soutien d'intervention et unité locale d'escorte - pour les mesures de refoulement.
L'Anafé affirme avoir signalé à plusieurs reprises ces brutalités au procureur, "mais sans résultats".
Les conditions d'accueil dans la zone d'attente de Roissy "se sont nettement améliorées", ajoute cependant l'association. Les locaux sont "relativement propres", des travaux ont été effectués et la surpopulation apparaît moins critique. Les étrangers y vivent toutefois dans "une grande détresse psychologique" due à la peur du refoulement.
Dominique de Villepin continue, lui, à afficher une ligne ferme. Dans un entretien au Figaro du 25 novembre, il réaffirme son objectif de 20 000 reconduites à la frontière en 2005, en créant notamment des "pôles d'éloignement dans les préfectures". Le ministre de l'intérieur veut également ouvrir 1 600 nouvelles places en centre de rétention sur un an.
Sylvia Zappi
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.11.04