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L'Ofpra ouvre une antenne en Guadeloupe
Elle traitera l'afflux en France des demandes d'asile des Haïtiens.

Par Catherine COROLLER
Libération mercredi 21 décembre 2005

 

Romel Louis-Jacques, secrétaire général de la Plate-forme des associations franco-haïtiennes, réagit à l'ouverture par l' Ofpra d'une antenne en Guadeloupe pour traiter les demandes d'asile des Haïtiens.

L'émigration haïtienne est-elle massive ?

Huit à dix millions de Haïtiens vivent en Haïti, territoire grand comme la Belgique, et deux millions à l'étranger, dont 25 à 80 000 en France métropolitaine et 10 000 à 15 000 en Guadeloupe. Certaines zones d'Haïti sont vidées de 30 à 40 % de leur population. Ces gens choisissent de partir, souvent au péril de leur vie. On a régulièrement des cas de boat people. Ils utilisent essentiellement des réseaux familiaux. Avant, certains passaient par le Surinam (de cette ancienne colonie néerlandaise, ils prenaient l'avion directement pour les Pays-Bas, ndlr), mais les conditions se sont durcies. En Guadeloupe, il y a une importante communauté haïtienne et des espaces de travail, comme celui de la terre, relégués aux Haïtiens. Pendant les périodes de récolte, il y a des besoins de main- d'oeuvre dans les plantations de canne à sucre mais aussi pour la cueillette des bananes, ananas... et dans le BTP.

Quelle est la situation en Haïti ?

C'est le chaos, le sauve-qui-peut. On peut tuer, voler, faire toutes sortes de choses sans avoir le sentiment de mal agir puisque la seule motivation est l'appât du gain. La répression politique touche les couches instruites de la société, mais pas seulement. La paysannerie haïtienne a été la source de prélèvements de taxes qui ont permis aux régimes dictatoriaux successifs de remplir les caisses. A la fin des années 80 et au début des années 90, le réveil politique de cette paysannerie a été systématiquement réprimé. On ne peut donc pas dire que l'émigration haïtienne soit purement économique.

Pourtant, seules 2,3 % des demandes déposées par les Haïtiens en Guadeloupe reçoivent une réponse positive.

Ce chiffre est inadmissible. Nous nous battons pour que l'Ofpra reconnaisse que la situation vécue par ces gens-là est constitutive d'une persécution politique et les rend éligibles au statut de réfugiés.
'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) va ouvrir le 9 janvier une antenne en Guadeloupe. L'annonce en a été faite, hier par Jean-Loup Kuhn-Delforge, son directeur. Cette antenne sera chargée d'examiner les demandes d'asiles des Haïtiens. Celles-ci augmentent de façon exponentielle, vers la France en général: sur les onze premiers mois de 2005, 4718 dossiers ont été déposés, ce qui en fait le premier flux de demandeurs. Et ce chiffre a cru de 74,9 % par rapport à 2004. Mais, originalité, 73 % de ces demandeurs d'asile ­ 3348 ­ ont déposé leur dossier en Guadeloupe. Dans ce département également, la demande explose: de 165 % entre 2004 et 2005. Pour la gérer, l'Ofpra y envoyait jusque-là des fonctionnaires pour des missions ponctuelles. Résultat: un embouteillage et un temps de traitement de dossiers de cent vingt jours. L'objectif de cette antenne est de ramener cette durée à soixante jours.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=346478

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