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Bakayoko, réfugié miraculé

Libération - 24 septembre 2003
Par Charlotte ROTMAN

Siaka Bakayoko aurait très bien pu ne pas obtenir l'asile en France. Il est même, de ce point de vue, un miraculé. Comme beaucoup d'étrangers et comme beaucoup de ses compatriotes ivoiriens, il s'est présenté à la frontière à l'aéroport de Roissy et a été placé en zone d'attente. Il y a demandé l'asile en février. Là, il a été entendu par un agent du ministère des Affaires étrangères, tandis que, de son côté, le ministère de l'Intérieur jugeait son récit «dénué de précisions» et «entaché d'invraisemblance». En classant sa demande d'asile comme «manifestement infondée», c'est-à-dire ouvertement abusive, il a refusé son entrée sur le territoire. Une manière simple et bien pratique de fermer les frontières. En 2002, le taux d'admission au titre de l'asile était de 20 %. En avril 2003, il est tombé à 3 %, selon les chiffres officiels. L'avocate de Bakayoko, Me Nathalie Vitel, estimait alors qu'en examinant le fond de la demande, «le ministère se substituait illégalement à l'Ofpra» (1), seule institution habilitée à délivrer le statut de réfugié. Bakayoko a finalement refusé d'embarquer. Et passera pour cela devant le juge. A Libération qui avait pu le rencontrer, cet Ivoirien d'origine dioula (l'ethnie du Nord) avait raconté les persécutions dont il avait victime (Libération du 26 mars). Entendu le 25 août par un officier de protection spécialiste de l'Afrique, Siaka Bakayoko a obtenu le statut de réfugié quelques jours après.

(1) Office français de protection des réfugiés et apatrides.