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Christelle, mineure, renvoyée vers Haïti sous les yeux de sa mère
LE MONDE | 05.06.04
Sylvia Zappi


Son père souhaitait la mettre à l'abri de la guerre civile à Port-au-Prince et l'envoyer en France rejoindre sa mère. Fille de fonctionnaire, la petite Christelle, Haïtienne de 13 ans, est arrivée, jeudi 27 mai, à l'aéroport de Roissy. Elle a été renvoyée mercredi 2 juin, après six jours en zone d'attente. Le ministère de l'intérieur a estimé qu'il n'était pas légitime de la laisser entrer sur le territoire.
La petite était arrivée confiante. Sa mère, résidente régulière depuis trois ans en France où elle a donné naissance à une enfant, l'attendait. Au contrôle, la police aux frontières (PAF) l'a arrêtée : ses papiers étaient faux. Aux policiers, Christelle a raconté son histoire : son "papa fonctionnaire avait des problèmes avec la politique" en Haïti. Présumée mineure, la fillette a subi un examen osseux - un test dont la fiabilité reste contesté -, qui a conclu qu'elle avait 17 ans. Sa demande d'asile a été rejetée.
Au bout de quatre jours, elle est passée devant le juge de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour une prolongation de maintien en zone d'attente. Sa mère, impuissante, a assisté à l'audience : elle n'a pas eu le temps de se faire envoyer le certificat de naissance pour prouver son lien de parenté et l'âge réel de la fillette. Le juge l'a maintenue en zone d'attente et nommé un administrateur, comme le prévoit la loi.
Le lendemain, la mère de Christelle est revenue à la zone d'attente pour personnes en instance (ZAPI 3) apporter le certificat mais il était trop tard. Aucun recours n'a pu être déposé : la mère, non reconnue, n'en a pas le droit, et l'administrateur s'en est abstenu. Malgré la saisine du président du tribunal pour enfants de Bobigny, la PAF a refusé de suspendre le réacheminement de l'enfant. "Nous avons appliqué les procédures légales. Après le rejet de sa demande d'asile, rien ne nous obligeait à garder cette mineure de 17 ans sur le territoire. Ce n'était pas un cas humanitaire", justifie le cabinet du ministre de l'intérieur, Dominique de Villepin.
La situation politique à Haïti est loin d'être stabilisée à la veille du transfert de pouvoir au profit de la mission des Nations unies. Amnesty International a fait part, le 1er juin, de sa "préoccupation" : "La population haïtienne vit toujours dans la peur et dans l'insécurité."
Une insécurité qui a fait craindre au père de l'enfant des représailles en tant qu'agent public de la compagnie nationale de télécommunications, Teleco. Cette agence était connue pour verser des salaires aux "chimères", les milices armées de l'ancien régime. "Son père voulait la mettre en sécurité et l'a donc mise en urgence dans un avion avec de faux papiers", raconte Cécile Dauphin, salariée de l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), la seule organisation habilitée à intervenir en zone d'attente.
Mercredi, juste après le repas, Christelle a été emmenée pour un embarquement dans l'après-midi. A 16 h 30, elle était dans un avion d'Air France en direction de Port-au-Prince. "Elle est venue me dire au revoir. Elle avait trop peur de la police pour protester", témoigne Mlle Dauphin.