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Quatre jeunes mineurs étrangers retenus
en zone d'attente à Roissy

LE MONDE | 10.01.05 | 14h11

Par Sylvia Zappi


Une jeune Congolaise attend d'être renvoyée en Chine, pays par lequel elle a transité, alors que son père l'attendrait en France.

Quatre mineurs de moins de 15 ans ont été retenus dans la zone d'attente de l'aéroport de Roissy (Seine-Saint-Denis) durant le week-end du 8 et 9 janvier. Ces enfants, dont un âgé de 10 ans et un autre de 4 ans, sont menacés de renvoi ou ont été réacheminés vers leur pays d'origine alors que des parents les attendent sur le sol français.

La première, Emilie, adolescente congolaise de 14 ans, est retenue en ZAPI 3 (zone d'attente pour personnes en instance), où sont maintenus les étrangers non admis sur le territoire. Selon l'Association nationale d'assistance aux frontières (Anafé), c'est son second passage après un renvoi en Chine le 27 décembre 2004, pays par lequel elle avait transité pour se rendre en France rejoindre son père allemand. Arrivée le jour de Noël, elle avait été renvoyée, "menottée pendant tout le voyage", selon l'Anafé, avant d'être refoulée par les autorités chinoises et réacheminée vers Roissy.

Malgré le dépôt d'une demande d'asile, la Police aux frontières (PAF) a tenté de la reconduire une nouvelle fois vers Shanghaï dimanche. Emilie a refusé d'embarquer et a été maintenue en zone d'attente malgré une demande de placement auprès du juge des enfants. L'avocate désignée par le père, Me Nathalie Vittel, du barreau de Seine-Saint-Denis, n'a pu la rencontrer lors de son retour, l'administrateur ad hoc ayant refusé de la reconnaître comme avocate de la jeune fille. "C'est absurde ! La PAF veut la renvoyer vers une destination où elle sera refoulée une deuxième fois alors que son père l'attend", s'indigne Me Vittel.

"GRAVE ERREUR"

Un second adolescent congolais, C., 14 ans, a tenté de rejoindre sa mère et son frère jumeau, tous deux en situation régulière en France. La mère y réside depuis quatorze ans après avoir fui son pays en laissant ses deux enfants. Avec l'aide d'une amie, elle avait pu faire venir un premier fils, séparé de son jumeau au début de la guerre, en 1997. Après avoir tenté en vain de bénéficier du regroupement familial, le second est entré le 6 janvier clandestinement. La PAF entend le renvoyer vers le Congo. Il devait passer devant un juge de Bobigny, lundi matin, pour une prolongation de son maintien en zone d'attente.

Le sort des deux autres mineurs a été plus expéditif. W., Camerounais de 10 ans, retenu à l'hôtel Mercure où les moins de 14 ans sont confiés à une nurse, a été renvoyé dimanche 9 janvier vers Yaoundé. Selon le ministère de l'intérieur, il était arrivé vendredi accompagné d'une Française aux papiers falsifiés, qui n'a pu prouver son lien de parenté avec l'enfant. L'Anafé assure que sa famille avait tenté de le faire venir par le regroupement en France et l'attendait à Roissy.

Enfin, une petite fille de 4 ans a été renvoyée dimanche en Centrafrique après avoir été placée à l'hôtel Mercure. Elle avait été emmenée par son père, résidant régulier. La PAF, contestant son lien de parenté, a refusé de laisser entrer l'enfant sur le territoire. L'Anafé assure qu'"une grave erreur a été commise", sa mère l'attendant à l'aéroport. La jeune femme a embarqué à son tour pour Bangui pour tenter de récupérer son enfant.

Les associations s'inquiètent de ces "renvois à répétition". "C'est désastreux et démoralisant, affirme Claire Rodier, représentante du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti). La place d'un enfant n'est pas en zone d'attente."

Sylvia Zappi
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.01.05