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Mamadou, 8 ans, renvoyé à Bamako sans avoir pu voir sa mère
LE MONDE | 29.12.05 | 13h27 • Mis à jour le 29.12.05 | 13h47

Mercredi 28 décembre au matin, cinq enfants étaient retenus par la police aux frontières (PAF) en zone d'attente pour personnes en instance (ZAPI) à l'aéroport de Roissy : une Centrafricaine de 4 ans, un Bolivien de 5 ans et trois frères haïtiens de 10, 12 et 13 ans. A ces âges-là, les enfants ne sont pas placés au sein même de l'enceinte de la ZAPI, mais dans un hôtel, avec une nounou.

Deux "adolescents", un Ougandais et un Iranien, déclarés majeurs après un examen osseux, se trouvaient également en zone d'attente. Dans la soirée, les enfants ont quitté la ZAPI : le petit Bolivien a été renvoyé dans son pays, tandis que la jeune Centrafricaine était placée en foyer et que les trois Haïtiens étaient autorisés à rejoindre leurs parents, présents en France.

Sept jeunes en zone d'attente pendant deux ou trois jours, cela représente 10 % des étrangers retenus à Roissy. "Ce n'est ni exceptionnel ni contraire à la loi", assure la PAF de Roissy, où l'on reconnaît, sans savoir l'expliquer, qu'il y a toujours en fin d'année une petite recrudescence d'arrivées de mineurs.

"Très souvent, il s'agit d'enfants que les parents n'arrivent pas à faire venir dans le cadre du regroupement familial, faute de remplir les conditions requises en termes de ressources et de logement, et qu'ils finissent quand même par faire venir, las d'attendre", explique Claire Rodier, du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), association membre du collectif de l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé). Celle-ci est autorisée depuis mars 2004 à assurer une permanence dans la ZAPI.

Mamadou Soumaré, un Malien de 8 ans, a été arrêté, jeudi 22 décembre, à sa descente d'avion, avant d'être embarqué le 24 dans un appareil devant le reconduire à Bamako via Tripoli. Silla Soumaré, sa mère, se démène depuis des mois pour trouver un logement qui lui permettrait de faire venir "par la voie légale" ses deux fils de 8 et 10 ans, qu'elle a confiés à sa mère lorsqu'elle a quitté le Mali en 2003.

Titulaire d'une carte de séjour, Mme Soumaré est salariée à temps plein — et sous contrat à durée indéterminée — d'une association agréée de gardes d'enfants et dispose de revenus s'élevant à 1 600 euros par mois. Elle vit avec sa petite fille de 20 mois, née en France, dans un logement de 17 m2. Mais les conditions réglementaires du regroupement familial exigent un logement de 25 m2, et Mme Soumaré n'arrive pas à obtenir un appartement plus grand.

Alors "tous les moyens sont bons pour le rapprochement de la famille", dit-elle. Silla Soumaré s'en est remise, moyennant finances, à une femme qui lui promettait d'obtenir des visas pour ses fils. Cette femme s'est présentée à la douane française avec Mamadou comme si celui-ci était son fils, avec une photo du garçonnet collée sur son passeport. "Je n'ai rien compris, raconte Mme Soumaré. J'ai amené à la police tous les documents, j'ai demandé à être confrontée à mon fils pour qu'ils voient qu'il me reconnaissait..." Mamadou a été remis dans un avion sans avoir vu sa mère.

"Nous ne faisons pas de différence entre un enfant tentant d'entrer illégalement en France et tout autre immigré irrégulier. Etre mineur n'est pas un passe magique. Nous appliquons la loi", explique la PAF, qui assure qu'elle ne renvoie pas un enfant sans avoir la garantie qu'il sera accueilli à son arrivée dans son pays. Garantie qu'elle dit arriver à obtenir, parfois en moins de 24 heures, en s'appuyant sur le Service de coopération technique internationale de police (SCTIP) ou les consulats français.

A son arrivée à Bamako, Mamadou Soumaré a pourtant été confié à la brigade des mineurs malienne. " Nous nous assurons que l'enfant a une famille, qu'il est hébergé, scolarisé. Mais si la famille ne se déplace pas, c'est aux autorités de la police du pays de s'en occuper", affirme la PAF.

"Peut-on considérer que la sécurité de l'enfant peut être mieux assurée par la brigade des mineurs malienne que par sa mère qui réside en France ?", s'interroge l'Anafé. Pour l'association, la protection de l'enfant devrait primer sur l'application de la loi d'éloignement des étrangers en situation irrégulière.

Laetitia Van Eeckhout