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Le Parisien , mardi 25 janvier 2005

Anne-Cécile Juillet

Une petite fille de 4 ans placée en rétention

MANUELLA a quatre ans. Un petit bout de chou, presque encore un bébé. Mais son jeune âge n'a pas compté, samedi dernier, lorsqu'elle a atterri à l'aéroport de Roissy en compagnie de sa maman, Thérèse P., une Ivoirienne domiciliée en Seine-et-Marne et titulaire d'un permis de séjour pour la France.
Faute de visa pour sa fille, Manuella a été arrachée à sa mère, pendant près de quarante-huit heures, et détenue en zone d'attente à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Ce sont les raisons qui ont été avancées par la police de l'air et des frontières (PAF) pour justifier la rétention de l'enfant. « Je suis en France en situation régulière, et Manuella était enregistrée sur mon passeport, comme c'est indiqué pour les enfants mineurs », se défend Thérèse, la voix serrée par l'angoisse. « On s'est comporté avec moi comme si j'avais été une vulgaire trafiquante de drogue, et on m'a arraché ma fille. Elle pleurait, elle criait, mais il n'y a rien eu à faire », poursuit Thérèse. Le père de Manuella est français mais la police de l'air et des frontières (PAF) semble ne pas en avoir tenu compte. « Nous leur avons présenté le certificat de nationalité française du père, l'acte de reconnaissance de Manuella, et une photocopie de sa carte d'identité, explique le frère de Thérèse, venu la soutenir car elle est enceinte de sept mois. Mais il n'y a rien eu à faire, ils n'ont rien voulu entendre. »
« C'était l'extrême limite avant l'expulsion » « Une grave erreur », selon une source proche du dossier. « Plutôt que de prendre en compte la nationalité de son père, la petite fille s'est vu notifier ses droits, puis confiée à une nurse. Rendez-vous compte à quel point cette situation est absurde : une petite fille de 4 ans, séparée de sa mère, ne comprend rien à tout cela ! » s'indigne M e Emmanuel Itoua, avocat de la famille. Comme le veut la loi lorsqu'il s'agit de mineurs, un administrateur ad hoc a été nommé pour assister l'enfant. Seulement, dans sa malchance, Manuella est arrivée sur le sol français au cours d'un week-end, et cet administrateur, un membre de l'association SOS Victimes, n'a pu être nommé officiellement qu'hier après-midi. « C'était l'extrême limite avant l'expulsion, commente M e Itoua. Nous craignions que Manuella soit renvoyée en Côte d'Ivoire puisqu'un avion doit décoller aujourd'hui dans l'après-midi. » Finalement, hier en fin de journée, l'enfant a été rendue à sa famille. Une fois que le parquet de Bobigny s'est rendu compte de l'erreur de la PAF. Issue heureuse au prix de quarante-huit heures particulièrement traumatisantes pour cette petite fille. Le cas de Manuella n'est pas isolé. Depuis le 1 e r janvier, six mineurs de moins de quinze ans se sont retrouvés dans une situation similaire. Trois d'entre eux, âgés de 14, 10 et 4 ans ont été expulsés.


ROISSY (VAL-D'OISE), HIER. Thérèse, la mère de Manuella, montre une photo de sa fille (en bas du document). (LP/MATTHIEU DE MARTIGNAC.)