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Le Parisien

25 novembre 2004

Le terrible sorts des « enfants perdus » de Roissy
Par Pascale Egré

Tchang, 15 ans, est chinois. A son arrivée à Roissy, la police aux frontières (PAF) lui refuse l’admission sur le territoire, confisque son passeport et le maintient 24 heures dans un poste de police à l’aéroport. Lors d’un première tentative de rembarquement, il se débat. Selon le dernier rapport de la Défenseure des Enfants, Tchang est alors « violemment frappé, blessé à un œil, menotté dans le dos ». Transféré en zone d’attente « sans avoir reçu de soins », il passe cinq jours là, parmi les adultes, dans ce lieu de maintien des étrangers en situation irrégulière. Remis en liberté après trois comparutions au Tribunal de Bobigny, il erre deux jours seul dans Paris, sans manger ni dormir. Une association le recueille et obtient du juge des enfants un placement dans un foyer de l’Aide Sociale à l’Enfance.

Des « mineurs isolés » souvent expulsés

Le calvaire de ce jeune garçon, dont la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité a été saisie, est loin d’être isolé. Rendu public aujourd’hui, un rapport de l’Anafé* (Association Nationale d’Assistance aux Frontières pour les Etrangers) dénonce, via des dizaines d’exemples, les atteintes aux droits dont sont victimes, à leur arrivée à Roissy puis dans cette zone d’attente rebaptisée la « zone des enfants perdus », les « mineurs étrangers isolés ». « La priorité de l’administration reste avant tout le refoulement, au détriment de la protection dont ils devraient être l’objet », est-il constaté.
L’institution des « administrateurs ad hoc », censés assister ces mineurs dans leurs démarches, n’a pas atténué, selon l’Anafé « l’ampleur et la gravité des problèmes ». Qu’ils cherchent à rejoindre un parent déjà présent sur le sol français, qu’ils fuient une guerre ou des persécutions ou qu’ils soient manipulés par des réseaux, ces enfants se heurtent souvent d’emblée à une suspicion sur leur minorité. Et, quand le doute est levé, notamment par un examen osseux très contesté, d’autres difficultés surgissent : « Problèmes d’interprétariat, maintien dans des locaux inappropriés, demandes d’asile dite manifestement infondées, voire violences physiques et morales », énumère Hélène Gacon, présidente de l’Anafé.
A terme, et en violation de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, ces durs parcours se soldent bien souvent par une expulsion. Comme pour ce jeune palestinien de Gaza, renvoyé vers la ville par laquelle il avait transité : Shangaï !

* « La zone des enfants perdus – Mineurs étrangers isolés en zone d’attente de Roissy », Anafé (www.anafe.org), novembre 2004.