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L'humanité - 15 février 2005

société

Manuella, quatre ans, père français : 48 heures de zone d’attente à Roissy

Thérèse P. est ivoirienne. Réfugiée en France, elle dispose d’un titre de séjour, mais, incertaine de l’avenir, elle avait laissé sa petite fille, Manuella, en Côte d’Ivoire. Elle a finalement décidé d’aller la chercher. En débarquant à Roissy, elles sont arrêtées par la PAF, emmenées au poste de police, sans même pouvoir récupérer des vêtements chauds dans leurs bagages. La photo de l’enfant est sur le passeport de la mère, Manuella est française, son père est français, les documents fournis le prouvent : certificat de nationalité, acte de reconnaissance, carte d’identité. « Il ne s’agit que de photocopies, s’indigne le policier. Ce ne sont pas les originaux. » Comment pourrait-on voyager avec des originaux qui appartiennent à quelqu’un resté en France ? « Il fallait un visa pour faire venir l’enfant », réclame la police qui répète à satiété que Manuella doit repartir à Abidjan. Il n’y a personne pour l’y accueillir, ses deux parents sont en France, et le visa n’est pas nécessaire.

« Ils s’étaient persuadés que je faisais du trafic d’enfants. » Thérèse, morte d’inquiétude, réussit à ne pas s’énerver, même sous les insultes d’un des policiers, finalement réprimandé par son chef. L’enfant est conduite au Sofitel où sont « accueillis » les mineurs de moins de treize ans et où personne, hors la police, ne peut mettre le pied. Dans l’aventure, Thérèse ne retrouvera que deux bagages sur trois, à plus de 23 heures. Le lendemain, elle revient à Roissy, tente de voir sa fille. L’administrateur ad hoc n’a pas été désigné, mais Jacques Disant passe par là, se fait expliquer l’affaire, obtient une entrevue entre la mère et l’enfant. « Elle n’avait pas dormi, elle avait les yeux tout rouges, elle avait presque piqué une crise en m’appelant. Elle était gelée, elle avait encore les vêtements d’Abidjan. » Finalement, Jacques Disant sera désigné administrateur ad hoc et plaidera contre le renvoi de l’enfant à Abidjan devant le juge pour enfants qui ordonnera la libération. Manuella a retrouvé le sourire.

E. R.