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L'humanité

Société
Noël en prison à huit ans

Expulsion . Trois enfants expulsés samedi pour le Mali transiteront par la Libye, où leur sécurité est loin d'être garantie.

La police de l'air et des frontières souhaite un joyeux Noël aux enfants. À Roissy, samedi matin, Muddou, huit ans, deux autres enfants de dix ans, ainsi que deux adolescentes ont connu la joie des fêtes dans un centre de rétention. Muddou devait pourtant voir un juge hier. Hélas, samedi, alors que les plus grands restaient en France, les trois plus petits ont été embarqués pour Bamako. Mais pas en vol direct. Ils ont fait escale à Tripoli, d'où ils doivent repartir aujourd'hui pour être confiés à la brigade des mineurs malienne. Est-ce à dire que la France viole le droit international et la convention des droits de l'enfant en renvoyant des mineurs étrangers isolés ? Toutes les garanties ont été prises avec les autorités maliennes, a affirmé la police aux membres de l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers, l'ANAFE. Rien, cependant, ne permet d'affirmer que l'arrêt à Tripoli, dans une prison pendant deux jours, revêtira les mêmes garanties. L'association considère ce transit comme « aléatoire et dangereux ».

Et puis, pourquoi expulser un enfant dans un pays où il n'a pas de famille, puisque la grand-mère de l'enfant de huit ans, qui le gardait, est décédée, et le confier à la brigade des mineurs ? Le petit Malien a, en effet, une maman en France qui, aujourd'hui, y travaille et y dispose d'un logement. Mais ce logement ne fait que 17 mètres carrés. Las, pour pouvoir accueillir l'enfant en bénéficiant du droit au regroupement familial, il doit faire 25 mètres carrés. C'est une logique implacable d'humanité. En outre, l'ANAFE rappelle que les enfants isolés doivent être admis sur le territoire sans conditions, ne doivent pas être placés en zone d'attente, et leur retour n'est envisageable que si un juge y voit « l'intérêt supérieur » de l'enfant. Dans le cas du petit Malien, l'intérêt supérieur est évidemment en France, avec sa mère. Mais le ministre de l'Intérieur tient à ses 23 000 étrangers expulsés au 31 décembre.

Émilie Rive

http://www.humanite.fr/journal/2005-12-26/2005-12-26-820652