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Violences policières à Roissy

par Eric Mugneret, Karine Portrait

25ème ligne - 7 mars 2003

Deux rapports rendus public jeudi 6 mars dénoncent le traitement réservé aux étrangers maintenus dans les zones d'attente de Roissy.

Faux visas, demandes d'asile jugées non-fondées... En 2002, plus de 20 000 étrangers se sont vus refuser l'entrée sur le territoire français. 95 % d'entre eux ont été maintenus dans les zones d'attente de l'aéroport de Roissy pendant une durée maximale de vingt jours.

Pour la première fois, l'Anafé (Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers) et Médecins du Monde ont divulgué, à travers deux rapports, les témoignages recueillis auprès des étrangers à propos de leurs conditions de rétention à Roissy. La somme des allégations est édifiante. Gifles, coups de poing, de pied ou de matraque, humiliations, injures, intimidations, privations de toutes sortes, seraient monnaie courante.

La présidente de l'Anafé, Hélène Gacon, a ainsi dénoncé "le caractère systématique des violences policières" à l'encontre des étrangers maintenus dans les zones d'attente de Roissy. Le tout dans un contexte d'opacité pour le moins inquiétant. Seules huit associations sont aujourd'hui habilitées par le ministère de l'intérieur à visiter les zones d'attente. Chacune dispose d'un maigre quota de huit visites annuelles entre 8 et 20 heures.

Médecins du Monde, qui a installé depuis un an et demi un dispositif d'aide aux étrangers à la sortie des zones d'attente, partage les préoccupations de l'Anafé. "Les mauvais traitements semblent particulièrement fréquents au vu du nombre de témoignages recueillis", s'inquiète l'association. En 2002, Médecins du monde a ainsi recensé 60 cas de violences alléguées par les personnes maintenues en zone d'attente. 15 d'entre eux ont fait l'objet de la rédaction d'un certificat médical. Parmi les lésions constatées : un cas de perforation du tympan, des dents cassées ou encore des blessures nécessitant plusieurs points de suture.

Ci-dessous, deux témoignages. Celui de Richard, chef d'avion d'Air France à Roissy et celui de Carlos Barrientos, le frère de Ricardo, un Argentin décédé le 30 décembre dernier dans un avion Air France lors d'une expulsion. La première enquête a conclu à une "crise cardiaque".
D'après Le mensuel d'Amnesty International, La Chronique: "Selon les témoignages recueillis par l'Anafé, Ricardo Barrientos aurait résisté aux agents qui l'installaient à bord du vol Air France 416 à destination de Buenos Aires, Les mains menottées dans le dos, il aurait été 'Plié en deux", par ces mêmes agents pour l'empêcher de crier et d'alerter les autres passagers. Sous cette pression, il se serait évanoui puis serait mort...".

Richard: "Mon rôle est de superviser l'embarquement des passagers sur les lignes d'Air France. J'assiste donc à l'embarquement des personnes expulsées. Les personnes expulsées arrivent toujours avant les passagers dans un fourgon de Police. Elles ont les mains menottées et sont encadrées par des policiers en civil, Généralement, elles ne se débattent pas en arrivant, elles attendent d'être dans J'avion. Certaines gardent leur énergie et ne s'agitent qu'à l'arrivée des passagers pour les alerter Elles peuvent alors se faire tabasser et maîtriser de manière très violente. Souvent, c'est une fois installées sur le siège qu'elles subissent le plus de sévices, Les policiers peuvent leur ligoter les pieds et les poignets avec du scotch marron, parfois même le visage. Les policiers utilisent aussi des oreillers pour étouffer les cris. Ensuite, les passagers embarquent, voient ce qui se passe et peuvent réagir. Il arrive même que des émeutes se produisent à bord avant le décollage de l'avion. Dans ces situations, nous demandons parfois le renfort de policiers. Parfois, certains passagers arrivent à prendre des photos, mais si les policiers s'en aperçoivent ils appellent leur hiérarchie qui débarque pour fouiller l'avion et tenter de récupérer les pellicules. La police peut également consulter le dossier de réservation des passagers et effectuer un contôle à leur retour Les commandants de bord ont, eux, la possibilité de discuter avec les expulsés. Mais ils le font rarement."

Carlos, Grande barbe poivre et sel, longs cheveux attachés. Imposant bonhomme à la voix étranglée par les larmes en parlant de son frère : "C'est un mort de plus parmi les personnes d'autres nationalités... J'accepte de témoigner pour que cela ne se reproduise plus, pour que les moyens qui ont abouti à cette mort ne soient plus jamais employés. Que le sacrifice de Ricardo, mon frère, et des autres, morts comme lui, ait un sens,".