Retour au sommaire violences

Des ONG dénoncent des "violences policières" dans la zone d'attente de Roissy

AFP - 6 mars 2003

Injures, brutalités, violences de tous ordres, empêchement d'accéder aux soins: des rapports de l'ANAFE et de Médecins du Monde (MdM), rendus publics jeudi, dénoncent "les violences policières" dans la zone d'attente de Roissy Charles de Gaulle.

Les associations, qui ont rédigé leurs rapports avant le renvoi par charter de 54 Africains lundi, sont également très critiques sur l'hébergement des étrangers.

La détérioration des conditions de vie des étrangers à Roissy, dûe en partie à une suroccupation des locaux, a justifié, selon le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, le renvoi par charter de 54 Africains lundi.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le ministre est allé voir sur place comment vivent les 407 étrangers arrivés sans papiers et non autorisés à entrer sur le territoire. Il en a conclu "que les retours groupés sont justifiés, c'est la condition de la préservation des conditions humanitaires", annonçant pour bientôt "des propositions".

Si l'hébergement hôtelier est jugé à peu près convenable par les associations, il n'en est pas de même pour les divers lieux où s'entassent les étrangers en surnombre, actuellement une centaine. Il s'agit de postes de police ou salles de correspondances des aérogares, en général non aérés et sans accès direct aux sanitaires, où les repas sautent parfois.

Mais les rapports condamnent surtout les violences policières dont se plaignent les étrangers maintenus.

L'ANAFE (association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers) a recueilli des témoignages lors des visites autorisées par les pouvoirs publics, quasi-quotidiennes durant le mois de mai 2002, durant lequel, exceptionnellement, le ministère de l'Intérieur a accordé une présence permanente aux associations.

"Sur 29 visites effectuées en mai, il n'y en a que deux pour lesquelles il n'a pas été fait état de violences", affirme l'ANAFE dans son rapport.

Les "violences policières", "pressions psychologiques et humiliations", dont font état les étrangers ont lieu le plus souvent dans les aérogares, moins souvent pendant des transferts, ou à l'arrivée, lors de la descente de la passerelle, ou encore lors des refus d'embarquement.

En 2002, MdM a recensé 60 cas de violences alléguées par les étrangers ou des témoins. Dans 31 cas sur 60, les conséquences des violences ont fait l'objet d'un constat médical.

Le plus souvent, ce sont des hématomes, des contusions, des érosions au niveau de la face, des jambes, de la tête et des poignets, précisent les rapports.

Les associations critiquent aussi les conditions de sortie de zone d'attente.

Les personnes libérées par décision du tribunal de grande instance de Bobigny doivent retourner à Roissy pour récupérer un sauf-conduit de 8 jours qui leur permet de ne pas être inquiétées par la police, le temps de déposer leur demande d'asile.

Mais la plupart sont incapables de retrouver seules la zone d'attente de Roissy ou ignorent l'importance de ce sauf-conduit, ou se font intercepter dès la sortie du tribunal par des réseaux.

Les "sorties de nuit" de la zone d'attente ne sont pas rares. A deux reprises, pour une famille et pour un groupe de 8 personnes, les libérations ont eu lieu en pleine nuit, selon les rapports.

Les associations demandent à être présentes en permanence dans les zones d'attente et aérogares, un dispositif médical renforcé, une meilleure formation des personnels intervenant en zone d'attente, le respect des droits des étrangers.