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le Figaro, 2 février 2005

IMMIGRATION La police accusée de violences


Polémique sur la zone d'attente de Roissy

Marie-Christine Tabet


Un livre controversé dénonce des violences policières dans la zone d'attente de l'aéroport de Roissy, où sont maintenus les étrangers refoulés, et fustige le silence de la Croix-Rouge. L'association et le
ministère de l'Intérieur récusent les accusations.


Bienvenue en France ! Le titre du livre d'Anne de Loisy (éditions Le Cherche Midi) est à prendre au second degré car il traite des conditions d'accueil à l'aéroport de Roissy des étrangers dont la France ne veut pas.

La journaliste, a mené six mois «d'enquête clandestine» au sein de la zone d'attente de Roissy, la Zapi 3, dans une équipe de médiateurs de la Croix-Rouge. C'est dans ce bâtiment que sont maintenus les «non-admis» (environ 12 000 par an) avant leur renvoi dans leur pays d'origine ou le
réexamen de leur situation à la suite notamment d'une demande d'asile.
Ces étrangers, auxquels la police interdit l'accès au territoire national faute de papiers ou de visas en règle, sont interpellés dans la zone internationale de l'aéroport ou au pied de la passerelle d'avion.

Pendant six mois, d'octobre à mars 2003, Anne de Loisy a dissimulé sa véritable qualité pour «pénétrer dans cette zone fermée». Le récit qu'elle livre a lancé une véritable polémique car elle met en cause à la fois la police, la Croix-Rouge et les agents du ministère des Affaires étrangères, qui acceptent ou non les demandes d'asile.

La «médiatrice» décrit en effet un univers quasi carcéral dont le quotidien est fait de violences policières, de racisme et d'humiliations quotidiennes à l'encontre de ces indésirables. Selon elle, la plupart de ces violences se déroulent cependant dans la zone internationale. Elle n'en est pas le témoin direct mais relate des faits qui ont été consignés sur les carnets de liaison de la Croix-Rouge, qui a recueilli les témoignages.

Au ministère de l'Intérieur où l'ouvrage est étudié à la loupe depuis quelques jours, on affirme que ces allégations ont toutes fait l'objet de vérification en interne en leur temps et qu'elles ont été considérées
comme fausses ou invérifiables. «Lorsqu'ils arrivent en zone d'attente, les étrangers ont tout tenté pour entrer en France, payé parfois des sommes colossales à des passeurs, explique un conseiller du ministère de l'Intérieur. Ils vont parfois jusqu'à se mutiler ou se blesser eux-mêmes pour éviter le retour.» L'une des affaires que rapporte Anne de Loisy a toutefois été jugée suffisamment sérieuse pour déclencher, après l'intervention de la Croix-Rouge et de l'ambassade du Venezuela, une enquête des services de police. Il s'agit d'une jeune Vénézuélienne, en transit pour l'Espagne, dont le passeport était faux et à qui deux fonctionnaires de police auraient fait des avances sexuelles en échange de la possibilité de continuer son voyage.

Depuis le 6 octobre 2003, date de la signature d'une convention passée entre Nicolas Sarkozy et Marc Gentilini, respectivement à l'époque ministre de l'Intérieur et président de la Croix-Rouge, l'association est présente vingt-quatre heures sur vingt-quatre en zone d'attente pour apporter un soutien humanitaire aux étrangers. Anne de Loisy reproche dans son ouvrage à la Croix-Rouge de ne pas dénoncer suffisamment fort les maltraitances. «Nous ne dénonçons que ce dont nous sommes témoins, répond un porte-parole de la Croix-Rouge, notre but n'est pas de faire de la publicité mais d'interroger la police et de réussir à corriger les déviances lorsqu'elles existent. Depuis que la Croix-Rouge est sur place, des progrès notables ont été accomplis.» C'est le principe de neutralité de la Croix-Rouge que la journaliste remet en cause. «C'est une caution pour les politiques», dénonce-t-elle.