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Rapports accablants sur les violences en zone d'attente

Par Pascale Egré

Le Parisien - 7 mars 2003


GIFLES, coups de pied dans les jambes ou dans le ventre, menottes trop serrées, usage de matraques mais aussi injures racistes, privations de repas ou réveils nocturnes répétés... Les rapports rendus publics hier sur la zone d'attente de l'aéroport de Roissy par Médecins du monde (MDM) et le collectif de l'Association nationale
d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) dénoncent « une violence invisible, systématique et pratiquée quotidiennement » à l'encontre des étrangers en instance de reconduite à la frontière.

Les deux documents reposent sur des témoignages recueillis depuis deux ans. Ils l'ont été lors des visites autorisées huit fois par an à huit des associations membres du collectif, lors de leur permanence téléphonique, via une camionnette de Médecins du monde garée à la sortie de la zone d'attente des personnes en instance (Zapi) et lors
de visites médicales effectuées en l'absence du médecin de service de l'aérogare. Pour la seule année 2002, Médecins du monde a ainsi recensé « 60 cas de violences alléguées » dont la moitié ont fait l'objet d'un constat médical.

En mai 2002, lors d'une expérience de présence quotidienne d'un mois, l'Anafé a constaté que « sur 29 visites, il n'y en a que deux pour lesquelles il n'a pas été fait état de violences ». La plupart des témoignages sont étayés de certificats médicaux ou confirmés par les ordonnances de remise en liberté des magistrats du tribunal de Bobigny. P.T., demandeur d'asile sri lankais, arrivé le 23 janvier 2001. « Aurait été violemment frappé lors d'une tentative de renvoi le 24 janvier. Aurait été victime de violences policières le 1er février. Le juge du tribunal de grande instance de Bobigny a constaté les traces de coups que portait le jeune homme (notamment au visage et de menottes) et a
reconnu une voie de fait caractérisée. » R.J., demandeuse d'asile sierra-léonaise, arrivée le 5 août 2001. « S'est plainte de brutalités à son encontre lors d'une tentative de renvoi le 6 août. Aurait été conduite par quatre policiers en uniforme dans une pièce isolée de l'aéroport où elle aurait été passée à tabac. » Une bénévole « a pu constater des hématomes sur ses bras ainsi qu'une plaie au visage » et « d'autres plaies au bassin ». A.C., jeune Guinéenne arrivée à Roissy le 15 novembre 2001, en transit interrompu pour Cuba malgré un visa, maintenue à Zapi 3 puis renvoyée vers la Guinée. « Affirme avoir été battue, injuriée, soumise à des traitements vexatoires avant d'être interrogée » par des agents de la PAF. Un rapport médico-légal établi à son arrivée en Guinée, où elle est renvoyée, « constatera de multiples contusions corporelles ». « Seule femme du groupe, elle aurait été maintenue plusieurs heures isolée dans un local. Alors qu'elle a exprimé le besoin de se rendre aux toilettes, un agent de police, de sexe féminin, lui ordonne de se déshabiller entièrement. Elle essuiera à nouveau plusieurs insultes. On lui aurait confisqué alors la somme d'argent qu'elle avait sur elle (1 100 $). Elle aurait reçu ensuite un sédatif sous forme d'intraveineuse. » La jeune femme refuse de partir pour Cuba sans son argent. Renvoyée en zone d'attente, elle est réembarquée le 30 novembre. « Refusant de partir, elle aurait été battue devant le personnel navigant. (...) Une plainte est en cours en France. » D.M., ressortissant camerounais résidant en Angleterre. « Contrôlé à la passerelle de son avion le 4 février 2002 à 22 h 30, un agent de la PAF aurait estimé son passeport faux. (...) Son passeport et sa carte de résident étant parfaitement en règle, il refuse de rester dans l'avion. Le policier aurait alors jeté son passeport à terre. Lorsque
D.M. s'est baissé pour le ramasser, le policier lui a infligé un coup de crosse derrière la tête, le blessant gravement. » Débarqué pour être soigné puis placé en garde à vue, D.M. sera finalement libéré par le juge le lendemain. W.T., de la République démocratique du Congo.

Rencontré le 4 mai 2002 par un visiteur. Lors d'une tentative d'embarquement, « se serait fait piétiner par cinq policiers. Il montre des marques de menottes aux poignets et des croûtes aux jambes (...) Un certificat médical a établi l'agression. » M.H., Palestinien, « battu lors d'une tentative d'embarquement », rencontré le 7 mai 2002. « Les visiteurs ont constaté un oeil poché, des traces à la bouche, sur les joues et derrière une oreille, son tee-shirt et
sa chemise étaient tachés de sang. Le certificat médical (...) faisait état d'une contusion labiale et d'un hématome malaire. La case agression a été cochée avec la mention à l'aéroport CDG. »