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Immigration
Les associations en stand-by

L'Humanité - 10 mars 2003

Le ministre de l’Intérieur, tout en contestant les violences policières, avance des propositions qui ne rassurent pas les associations.

De retour à Roissy, sur le front de la sécurité dans l’aéroport, au surlendemain de sa visite dans la zone d’attente, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a enfoncé le clou : certaines associations entretiendraient, selon lui, " une polémique qui n’a aucun sens " à propos des expulsions groupées d’étrangers en situation irrégulière et elles participeraient ainsi " à la montée de la xénophobie ". Et le ministre d’asséner que ces renvois sont la seule façon de régler la surpopulation dans les zones d’attente et que " la totalité des démocraties le font ".

Pour persuader de son humanité, le ministre avait, la veille, annoncé que, dorénavant, un médecin serait présent en permanence dans la zone d’attente (une courte visite a suffi pour que le ministre soit persuadé du bien fondé d’une revendication que l’ANAFE avait posée depuis des années et qui a fait l’objet de nombreuses promesses jamais tenues), et qu’un représentant d’une ONG accompagnerait tout vol groupé. Un discours qui n’a pas franchement rassuré l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (ANAFE), fédérant toutes les organisations autorisées, ponctuellement, à visiter les zones d’attente. Patrick Delouvin, d’Amnesty et porte-parole d’ANAFE, a rappelé que " cela fait des mois que certaines associations ont gagné des recours devant le Conseil d’État pour être présentes en zone d’attente et le ministère leur refuse toujours l’accès... La question pour nous est aussi d’être présents en amont de l’embarquement " pour vérifier les conditions dans lesquelles les étrangers demandent l’asile politique ou sont informés de leurs droits.

À ce propos, l’ANAFE a rappelé " le caractère expéditif des " vols groupés " : manque d’informations sur les procédures, examen rapide des dossiers, absence de recours suspensif, conditions d’embarquement musclées ". L’association a regretté que la " seule solution imaginée " pour désengorger la zone d’attente soit de " refouler rapidement les étrangers par charter plutôt que d’admettre sur le territoire ceux qui pourraient avoir besoin de protection ". Et de préciser que la France est loin d’accueillir " toute la misère du monde " : ainsi, concernant la Côte d’Ivoire, ce sont les pays limitrophes, démunis, qui accueillent massivement les réfugiés.

Quant à la contestation par le ministre des violences policières dans les zones d’attente, elle a plus qu’irrité. " Nous faisons depuis des années un travail sérieux, quotidien, dans la zone d’attente, il y passe un soir et conteste tout, c’est humiliant et inquiétant ", a lâché Patrick Delouvin. Sur ce sujet, le Parti communiste français a déclaré que " des accusations aussi graves (portées par les associations - NDLR) ne peuvent rester sans réponse ", et il a donc demandé " qu’une procédure d’enquête judiciaire soit lancée. Le gouvernement doit faire toute la transparence ". Le PCF a également demandé que " les associations soient autorisées à pénétrer dans les zones d’attente ainsi qu’elles le demandent ".

Vendredi prochain, le ministre de l’Intérieur s’est engagé à recevoir les responsables de l’ANAFE pour mettre en place la présence d’un représentant d’association dans chaque charter. L’ANAFE a fait savoir qu’en préalable elle voulait avoir des réponses précises sur les allégations de violences policières et sur sa présence " en permanence, sans conditions et sans limitations géographiques aux zones d’attente... seule à même de garantir la transparence dans le traitement des procédures de non-admission des étrangers sur le territoire ".

Dany Stive