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" Une violence qui va crescendo "

Entretien réalisé par Sébastien Homer

L'Humanité - 23 janvier 2003


Entretien avec Hélène Gacon, présidente de l'Association nationale d'assistance aux frontières aux étrangers (ANAFE), qui revient sur cette nouvelle expulsion se soldant par un décès.

Quelle est votre réaction face à ce nouveau décès ?

Hélène Gacon. Nous sommes nécessairement inquiets, et nous espérons que la justice fera toute la lumière sur les circonstances de ce drame. Nous allons déposer plainte auprès du tribunal de Bobigny qui a d'ores et déjà ouvert une enquête préliminaire tandis que les trois policiers de la police de l'air et des frontières composant l'escorte ont été suspendus. Et ce, alors que pour le précédent décès, celui d'un Argentin le 30 décembre dernier, il n'y a eu ni information judiciaire ni procédure disciplinaire ! Là, les policiers ont utilisé des méthodes malheureusement habituelles, faisant monter l'expulsé avant les passagers, le plaçant au fond de l'avion, menotté, plié en deux. Des méthodes symptomatiques de la violence quotidienne faites aux personnes dans les zones d'attente, expliquant le climat de stress et de terreur dans lequel sont placés les expulsés. Face aux deux malaises du malheureux, les policiers ont parlé de " simulation ", le présentant à un médecin. Dont les déclarations divergent d'avec celles des policiers. L'enquête nous permettra peut-être de savoir s'il y a un lien entre les méthodes employées et le décès.

Ce climat de violence est-il constitutif de toute expulsion ?

Hélène Gacon. Nous recueillons des témoignages de cette violence quotidienne. Une violence qui n'entraîne pas à chaque fois la mort mais qui va crescendo. On commence par " préparer " l'expulsé à son éventuel embarquement en l'avertissant de son imminence, en utilisant un tutoiement inacceptable : " Tu vas être expulsé... " Si la personne refuse, dans un premier temps, les policiers ne disent rien. Ils reviennent le lendemain, consignent cette fois le refus d'embarquer dans un PV. Puis insistent davantage, en employant des méthodes de plus en plus musclées. L'utilisation d'entraves n'est pas systématique. Mais en cas de résistance, on a recours à ce qu'on appelle une escorte.

Deux expulsions se soldant par un décès en quelques jours, êtes-vous inquiète au regard des nouvelles dispositions de la loi Sarkozy ?

Hélène Gacon. Cette loi change de jour en jour mais a pour but d'améliorer l'efficacité des mesures d'éloignement. On s'attend bien entendu à une multiplication des expulsions. Et qui dit plus de tentatives, dit plus d'embarquements, et donc des risques accrus.

Quels sont les moyens de résistance ?

Hélène Gacon. Nous ne pouvons assurer qu'un travail d'information et demander à ce que soient respectés les droits fondamentaux des personnes expulsées. Mais bien souvent, nous ne pouvons guère agir qu'au moment de l'embarquement. La seule personne dont la décision prime sur celle des policiers, c'est le pilote. Les passagers, eux, ne peuvent rien faire. Mais leur témoignage nous est précieux.