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L'humanité
25 février 2005


« Comme une merde dans sa merde »

Le 19 février, l’équipe de la police de l’air et des frontières de Roissy, secondée par des policiers étrangers recrutés comme escorte, aurait lourdement molesté cinq Africains, dont deux femmes.

« Brigitte est arrivée le 15 février dernier à Roissy, en provenance du Congo Brazzaville, explique Me Aimé Lavie, avocat au barreau de l’Essonne. Elle a été placée en zone d’attente et a fait une demande d’asile politique qui lui a été refusée. Le 19, j’ai plaidé son dossier à Bobigny, le juge des libertés a prolongé son maintien en zone d’attente pour huit jours. Samedi dernier, la police a tenté de la faire embarquer. Et elle a été victime, comme quatre autres personnes, de sévices inacceptables. »

Tout a commencé avant même le départ de la zone d’attente : avant que les quatre Congolais et le Camerounais qui faisaient partie de ce convoi aient été menottés les bras dans le dos et ligotés aux chevilles et aux cuisses, une des deux jeunes femmes et le Camerounais s’étant vu refuser l’accès aux toilettes. Dans la voiture, selon le témoignage de Brigitte et celui de ses compagnons d’infortune, elle subit des violences et des injures : gifles, coups de pied, tête cognée contre les parois. Sur le tarmac, tous ont été jetés à terre. La jeune femme hurlait, les policiers se seraient jetés sur elle et assis sur son dos en lui maintenant la tête entre leurs jambes. Ils auraient décidé ensuite de la ramener en zone d’attente. Mais tout n’était pas terminé. L’autre femme a été collée au siège de l’avion avec du scratch fourni par les policiers français à leurs collègues gabonais qui devaient servir d’escorte dans l’appareil. Comme elle ne se taisait pas, elle a reçu des gifles et des coups de poing. Le commandant de bord se serait opposé à l’embarquement de la jeune femme et les policiers auraient ramené tout le monde en zone d’attente, ne se privant pas de nouveaux sévices dans la camionnette au retour. Entre-temps, un passager qui avait tenté de défaire les liens de la jeune femme aurait été débarqué de l’avion et placé en garde à vue.

Aujourd’hui, si les acteurs ont pu raconter leur drame aux membres de l’ANAFE de la zone d’attente et à leur avocat, ils ne sont plus là pour témoigner devant la justice. Une nouvelle tentative d’embarquement a réussi à éloigner mercredi les Congolais. Hier matin, l’ANAFE ne retrouvait pas le Camerounais, qui devait rentrer dans son pays « comme une merde dans (sa) merde » selon l’expression d’un policier. Leur récit est particulièrement édifiant, jusqu’au témoignage finalement enregistré par les policiers qui ont refusé que le témoin le relise avant de le signer et dans lequel avait été supprimée toute mise en cause des policiers français, laissant les Gabonais seuls responsables des sévices. Du côté de l’ANAFE qui rend publiques ces affaires, on demande l’ouverture d’une enquête et la publication de ses résultats.

« J’ai fait un signalement au procureur, déclare Aimé Lavie, en produisant le certificat médical qui montre, de façon implacable, que cette jeune femme a été frappée sur tout le corps, de la tête jusqu’aux pieds, n’épargnant aucun membre. Elle a été renvoyée, mardi soir, alors que son état de santé demandait qu’elle soit hospitalisée. Le médecin précisait qu’il était incompatible avec son maintien en zone d’attente.
À plus forte raison, donc, à son renvoi à Libreville. Nous déposons plainte contre X avec constitution de partie civile. Le frère de ma cliente a écrit au ministère de l’Intérieur. »

Quinze jours d’incapacité de travail pour l’une, dix jours pour l’autre, c’est la première fois que les agissements de la PAF donnent lieu à de tels signalements : ecchymoses sur le visage, la paupière, les deux aisselles, hématomes sur le cou, le côté droit, les jambes et le genou, décollement d’un ongle. Les coups de poing et de pied dans l’abdomen n’ont pas laissé de traces visibles mais des souffrances. Comme les avocats, certains médecins semblent penser que la coupe est pleine. Le directeur de la PAF, dans un colloque récent, expliquait, lui, qu’il était obligé d’employer des « mesures coercitives », mais qu’au grand jamais la police n’avait recours à la violence.

E. R.