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"Il faut donner moins
d'espace à la police"

NOUVELOBS.COM | 24.02.05 | 18:33

Marie Duflo est membre du Groupe d'information et de soutien des immigrés (GISTI) et a été membre de l'équipe de l'Anafé en zone d'attente

L'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) dénonce les violences policières contre quatre Congolais et un Camerounais à Roissy. Ce type d'agissement est-il courant ?

- Ce type d'agissement est courant, nous en avons la certitude, mais il est malheureusement très rare que les témoignages aillent aussi loin.
Plusieurs personnes déposent des témoignages mais n'ont pas le temps de porter plainte car elles sont vite expulsées.
La plupart renoncent à témoigner dans un tel climat de peur de représailles. Beaucoup de personnes quittent la zone d’attente bien décidées à refuser l’éloignement et ne reviennent pas; on peut supposer que ce ne fut pas sans violences.
D'autres personnes parviennent à revenir: c'est le cas de ces cinq personnes, dont une des femmes, très violentée, a réussi a obtenir un certificat médical concluant à une interruption totale de travail de 15 jours.
Que se passe t-il précisément ?
D'abord, les personnes dans la zone d'attente subissent des humiliations (interdiction de boire, d'aller aux toilettes..) et sont « saucissonnées » avec du ruban adhésif. Elles sont ensuite jetées dans un camion, et c'est là qu'interviennent les coups et violences, loin d'éventuels témoins souvent, semble-t-il, du fait des escortes policières privées. Enfin elles sont emmenées dans l'aérogare et dans l'avion, avant que les passagers n'embarquent, à l'abri de tous les regards. La femme violentée a tellement crié que le commandant de bord a refusé le décollage sans que le groupe de Congolais soit débarqué.

Quels recours ont les victimes ? Dans le cas dénoncé par l'Anafé, une plainte a été déposée. Quelles vont-être les suites ?

- De manière générale, les victimes de violence n'ont pas le temps de déposer plainte. Nous avons rencontré ce cas de figure où trois personnes ont été appelées par la police pour être embarquées pour l'embarquement tandis qu'ils commençaient à témoigner. Les cinq personnes en question ont contacté le Procureur de la République de Paris le 22 février. Les avocats des deux femmes ont eux-aussi porté plainte auprès du Procureur de la République.
Mais il faut savoir que le Procureur n'est contraint que si des personnes se constituent en partie-civile.
Les quatre Congolais ont été réacheminés vers Libreville le 22 février au soir.
Le Camerounais est lui en zone d'attente. Il doit rencontrer un juge demain, le 25 février. On peut espérer que le Procureur se saisisse du dossier et que le juge libère cette personne.

Que pensez-vous de la proposition de Dominique de Villepin de créer "une véritable police de l'immigration" et un "service central" ?

-Cette proposition est bien vague.
En tous les cas, ce n'est pas la police qui doit gérer l'immigration mais le gouvernement…
Il ne faut pas donner plus de pouvoir à la police mais plus d'espace à la politique et la justice : une personne retenue en zone d’attente ne peut rencontrer un juge qu'au bout de quatre jours. Pendant ces 4 jours la police gère la situation sans contrôle judiciaire alors que la durée de séjour en zone d’attente avant éloignement est en moyenne de deux jours. C'est inadmissible !
Dans cette affaire, il faut tout de même souligner le rôle positif de la presse, qui a bien joué son rôle et nous laisse penser que le Camerounais a une petite chance.

Propos recueillis par Aline Brachet
(le jeudi 24 février 2005)