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La honte des zones d'attente

Par Antoine de Ravignan

Alternatives internationales - mai-juin 2003


En relançant début mars les renvois d'étrangers par charters, le gouvernement décidait de s'attaquer - de la manière forte - au scandale des zones d'attente. Des sas à la frontière où s'entassent, dans des conditions indignes, demandeurs d'asile et personnes dont les papiers sont douteux. Pour vingt jours au maximum, le temps de vérifier s'ils ont bien le droit d'entrer en France. Plus de 23000 étrangers par an y transitent, dont 95 % à l'aéroport de Roissy.

« Les charters choquent l'opinion mais, sur le fond, quelle différence avec les renvois précédents sur des vols commerciaux? », note Claire Rodier, de l'Anafé, Association d'assistance aux frontières pour les étrangers. Le rapport accablant de cette organisation sur les violences policières - injures, propos racistes, coups et blessures - en zone d'attente mettra-t-il fin aux traitements dégradants? En tous les cas, la réponse de Nicolas Sarkozy, relancer les charters et les « humaniser » par la présence à bord d'un médecin et d'un membre d'une ONG, est très critiquée par l'Anafé. « Nous ne voulons pas participer à cet accompagnement car, trop souvent, la situation des refoulés n'a pas été correctement examinée », explique Claire Rodier. Le refus arbitraire de la police d'enregistrer une demande d'asile est un classique: sans cet acte qui ouvre une procédure administrative, le candidat peut errer des jours dans la zone internationale. Sans existence légale, il n'en est que plus aisément refoulable.

Aussi, l'Anafé, née en 1989 et qui regroupe une vingtaine d'organisations, d'Amnesty International au Syndicat des pilotes de l'aviation civile, se bat pour le respect de la loi : notamment le simple droit - trop souvent entravé - de pou-voir contacter un avocat, rencontrer un médecin ou télé-phoner. La permanence téléphonique de l'Anafé - 10 à 40 appels par jour - est pratiquement le seul moyen pour les étrangers de recevoir une assistance juridique. Faire res-pecter la loi, mais aussi l'amender: les six associations habilitées à pénétrer en zone d'attente, dans des conditions restrictives, n'ont droit chacune qu'à huit visites par an à Roissy. L'Anafé, dont les visiteurs empêchent souvent in extre-mis des renvois injustifiés ou contraignent la police à enre-gistrer des demandes d'asile et à faire son devoir, ne cesse de réclamer, outre une procédure de recours juridique sus-pensive du renvoi, un droit de visite permanent. Une demande qui, en dépit d'ouvertures du ministère de l'intérieur (1), semble avoir été reléguée au second plan par la politique d'« humanisation » des charters.

(1) Une expérience pilote d'un mois a été réalisée en mai 2002. Une seconde, de trois mois, qui aurait dû débuter en mars dernier, a été ajournée.