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Le Canard Enchaîné, mercredi 26 janvier 2005

Zone d’attente déconseillée…

Officiellement médiatrice pour la Croix-Rouge, Anne de Loisy, journaliste, a pu pénétrer et séjourner dans la zone d’attente de l’aéroport de Roissy. L’accès n’en est que rarement permis à la presse, sinon sous escorte policière. Y sont maintenus les étrangers débarqués d’avion sans papiers d’identité, ou présentant des papiers suspects selon la police aux frontières (PAF). Ce fut le cas, voilà encore quelques jours, pour une petite fille de 4 ans, en situation régulière et retenue sans raison quarante-huit heures dans ce lieu. Depuis octobre 2003, la Croix-Rouge est autorisée à s’y trouver en permanence. De son expérience, la médiatrice a tiré un ouvrage (1) édifiant.


Parmi les joyeusetés contées, la rencontre d’Isabela, une Vénézuélienne de 19 ans, avec deux flics de la PAF. Un premier décrète que son passeport est falsifié mais accepterait de la laisser poursuivre son voyage vers Bilbao en échange de quelques « douceurs ». Comme elle refuse, le policier la boucle dans une pièce et revient avec un collègue. Pour la punir d’une nouvelle rebuffade, ils l’enferment une heure et demie avant de l’envoyer en zone d’attente. Un témoin confirmant ces faits, une équipière de la Croix-Rouge alerte sa direction. Laquelle explique ne pas pouvoir intervenir. Isabela contacte alors son consulat. Confrontés à leur victime, les deux flics avoueront avoir « poussé un peu loin ». Munie d’un passeport en fait authentique, Isabela préfèrera poursuivre son voyage plutôt que de rester pour porter plainte. Le consulat le fera pour elle.


Hormis les violences policières, les « inadmis » ont droit au quotidien à des brimades qui forgent le caractère : l’exiguïté du poste de police du terminal 2C, par exemple, oblige les flics à entasser parfois plus d’une dizaine de « maintenus » dans des cellules de garde à vue d’environ 3 m2. Les toilettes étant éloignées, et les policiers en nombre insuffisant pour y accompagner ceux qui voudraient s’y rendre, les hommes pissent dans une bouteille. Les femmes se retiennent.

Le jour où ils doivent être déférés devant un juge, les « inadmis » sont réveillés, sans clairon mais à 4 heures du matin, pour n’être transférés au tribunal que plusieurs heures plus tard. D’autres, finalement reconnus en situation régulière, peuvent être libérés en pleine nuit, sans moyen de transport. On en passe…

En y installant la Croix-Rouge, Sarkozy pensait lever le voile sur les zones d’attente, réputées pour leurs bavures policières. C’est raté, mais il peut toujours lire le bouquin.

(1) « Bienvenue en France ! »,

Editions le cherche midi, 176 p.,

15 euros.

Le Canard enchaîné - Lauriane Gaud
Mercredi 26 janvier 2005