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Cinq pays de l'Union vont échanger plus rapidement des informations sur les réseaux criminels

Le Monde - édition du 21/10/03
Thomas Ferenczi

Les ministres de l'intérieur des "grands Etats" de l'UE, dont la France, ont mis au point, à La Baule, une "coopération renforcée" dans la lutte contre l'immigration clandestine et les groupes terroristes.

Bruxelles de notre bureau européen

Comme ils l'avaient fait il y a cinq mois en Espagne, les ministres de l'intérieur des cinq grands pays de l'Union européenne se sont réunis à La Baule, dimanche 19 et lundi 20 octobre, pour débattre de la lutte contre le terrorisme et contre l'immigration clandestine.

Ces pays - la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie - représentent 300 millions d'habitants sur les 377 millions de l'Union, a fait observer, dans un entretien au Journal du dimanche, le ministre français de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, qui justifie cette réunion restreinte par la difficulté de prendre des décisions à 15 et bientôt à 25, "spécialement, dit-il, dans des domaines où nous avons besoin d'être réactifs, comme la lutte contre le terrorisme, contre les filières criminelles d'immigration ou contre les grands réseaux de trafic de drogue". "Notre obsession, ajoute-t-il, c'est d'être efficaces. Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir un coup de retard sur les criminels. Pour cela il faut préparer des décisions à cinq pour mieux réussir l'Europe." M. Sarkozy souligne que ces cinq pays sont "confrontés aux mêmes difficultés", qu'ils sont "les premières cibles du terrorisme" et "les destinataires privilégiés des filières criminelles d'immigration" et de trafic de drogue, et qu'enfin ce sont eux qui ont fait le plus d'efforts "dans la constitution d'équipes de renseignement pour la lutte contre le terrorisme". Il s'agit donc, conclut-il, "d'un groupe pionnier à l'intérieur de l'Europe qui a vocation à permettre d'aller plus rapidement vers des objectifs opérationnels".

Les Cinq ont abordé quelques-uns des dossiers qui font l'objet de longues discussions au Conseil des ministres de l'Union, notamment ceux qui touchent à l'attribution de visas de court séjour et aux procédures d'asile, en particulier l'établissement d'une liste de pays sûrs dont les ressortissants seraient exclus du droit d'asile. M. Sarkozy a évoqué également, en matière de coopération policière, un échange d'informations sur des personnes passées par des camps d'entraînement, notamment en Tchétchénie, l'obligation faite aux transporteurs aériens de communiquer certaines données sur les passagers (les Américains en demandent 39, les Européens jugent ce chiffre trop élevé) et la création d'une "zone de sécurité" en Méditerranée.

Après le lancement, le 29 avril, par quatre Etats de l'Union (France, Allemagne, Belgique, Luxembourg) d'un groupe pionnier dans le domaine de la défense, la rencontre de La Baule, qui sera suivie d'une troisième réunion, en février, en Allemagne, est un nouvel exemple d'une coopération renforcée entre un petit nombre de pays qui jugent difficile une entente à 15 ou à 25.

Pour tenter de minimiser l'importance de cette initiative, on indique, du côté français, que la réunion de La Baule permet aussi à la France de régler des questions bilatérales avec quatre de ses voisins : les suites de la fermeture de Sangatte avec les Anglais, la lutte contre l'ETA avec l'Espagne, le combat contre le terrorisme islamiste avec l'Allemagne, le contrôle des frontières maritimes avec l'Italie. Sans contester la volonté des Cinq de former une avant-garde pour accélérer les décisions en matière d'immigration et de lutte contre le terrorisme, un diplomate de l'un de ces pays regrettait, dimanche soir, à Bruxelles, les critiques formulées par M. Sarkozy contre les réunions où sont représentés tous les Etats de l'Union.