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Le Parisien

Sarkozy prône la transparence

14 décembre 2003

LE MINISTRE DE L'INTERIEUR, Nicolas Sarkozy, se rend au Sénégal aujourd'hui et demain pour parler de l'immigration clandestine. Sujet délicat depuis que la France a renoué au printemps avec les expulsions de France par vols groupés de 126 Sénégalais non admis sur le territoire français. Ces vols avaient en effet suscité émoi et indignation à Dakar. Après le premier vol groupé de mars, l'un des expulsés avait affirmé que ses compatriotes et lui avaient vécu « calvaire et humiliation » durant le voyage, et le ministre sénégalais des Affaires étrangères, cheikh Tidiane Gadio, s'était dit choqué » par la manière dont la France procédait à ces expulsions. Alors qu'il était en transit à l'aéroport parisien de Roissy, Abdou Rahmane Cissé dit avoir aperçu « des Africains enchaînés à leurs bagages ». « L'horreur de la République », s'indignait il y a deux ans déjà le sénateur PS Louis Mermaz. « Une zone de non-droit indigne de notre pays », concluait en mars dernier un rapport de Médecins du monde.

L'opacité a longtemps été totale Hormis quelques visites de parlementaires ou celles des huit associations habilitées à huit visites par an, l'opacité qui entoure ces lieux de privation de liberté, propice aux dérapages comme aux rumeurs, a longtemps été totale. En mars dernier, dans un contexte de polémique sur la mort de deux clandestins décédés lors de leur expulsion et sur la reprise des vols charters, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, s'était engagé à répondre aux revendications associatives d'un « droit de regard » permanent sur ces zones. « L'Etat a tout à gagner à la transparence », a-t-il répété, début octobre, en signant la convention qui autorise la Croix-Rouge à une « mission d'assistance humanitaire des étrangers » en Zapi 3 vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Effective depuis mi-octobre dans la partie hébergement de la Zapi (NDLR : celle où le reportage du « Parisien » a été autorisé, sous la houlette d'un officier de police et à condition de ne pas dialoguer avec les étrangers), la présence de la Croix-Rouge, qui doit aller de pair avec la mise en place d'une permanence médicale continue, constitue un progrès indéniable pour les étrangers retenus. Parallèlement, des négociations sont en cours avec le collectif de l'Anafé (Association d'assistance aux frontières pour les étrangers). Une convention similaire, signée pour six mois, porterait sur le volet « assistance juridique » aux étrangers. Autre constat, qui va dans le sens de l'amélioration de la condition matérielle des étrangers : la diminution de leur nombre. Depuis juin, la Zapi 3 héberge en moyenne une centaine de « non-admis » et la Zapi 2 a été fermée ; on est loin des cinq cents étrangers retenus du début de l'année ou du printemps.

P.É.
Le Parisien , dimanche 14 décembre 2003