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Intolérables zones d'attente
Emilie Rive
L'humanité - 12 Décembre 2001


Droits d'asile. Outrés par les conditions d'accès aux droits des étrangers en zone d'attente, associations et avocats butent sur Matignon.

Roissy, une salle d'embarquement de l'aérogare 2B a été réquisitionnée par la police, qui y a regroupé des hommes, des femmes, des enfants de différentes nationalités. Ils mangent, boivent, dorment dans leur cage de verre, exposés à la curiosité des passagers... Des paravents ont été installés devant les vitres... Ils sont entassés pendant des jours dans une pièce de quelques dizaines de mètres carrés, sans conditions d'hygiène. Les hommes doivent uriner dans des bouteilles en plastique ", témoigne l'employé d'une compagnie aérienne.

Représentants des associations habilitées à visiter la zone huit fois par an, avocats, personnel des Aéroports de Paris ou parlementaires, comme le sénateur communiste Robert Bret, tous sont unanimes : si le nouveau bâtiment de " ZAPI 3 " est à peu près présentable, les salles de correspondance réquisitionnées, qui accueillent de cinquante à soixante-dix personnes, échappent à tout contrôle, puisque " zone internationale " . " Que veut-on nous cacher ? " demande l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (ANAFE), qui présentait hier le résultat des visites, après une rencontre, lundi, à Matignon. Les services du premier ministre l'ont renvoyée, avec les avocats de l'Association de défense du droit des étrangers, " aux abonnés absents ", en l'occurrence au ministère de l'Intérieur. Il s'agit pourtant d'obtenir le respect des dispositions légales, la précision de leur application concrète, l'accès permanent des associations et des avocats, la présence systématique d'un interprète... Le Conseil d'Etat est saisi alors que la situation ne cesse de s'aggraver. Louis Mermaz, rapporteur l'an dernier à l'Assemblée, précise : " On a l'impression d'être sur le pont d'un navire négrier... Tout est fait pour fabriquer des clandestins. La France n'a pas de politique d'immigration... " Que dire alors du renvoi d'un enfant de neuf ans dont les parents sont derrière la vitre, en France, ou du maintien pendant dix jours d'un adolescent hors de tout contact ? " Les mineurs n'ont rien à faire en zone d'attente. Les enfants doivent bénéficier de la protection de la convention des droits de l'enfant, s'indigne le Syndicat de la magistrature. Il faut obtenir une véritable transparence. Ces lieux ne doivent plus être le pré carré de la police. "