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L'humanité
25 février 2005

Dominique de Villepin veut une police de l’immigration

Le ministre de l’Intérieur était l’invité, hier matin, de France-Inter. Interrogé sur le rapport de la commission du Conseil de l’Europe qui pointe le risque de ghettoïsation de la société française, Dominique de Villepin, qui en est conscient depuis longtemps, dit-il, reconnaît que, pour 1,8 million d’habitants de 300 zones de France, « il y avait le risque de repliement ethnique ou religieux. Pour éviter cela, il est nécessaire de faire vivre les principes de la République : laïcité, égalité des chances, égalité entre les hommes et les femmes ».

« L’esprit de la République »

Et c’est sur ce dernier point qu’il mettait l’accent, contre la maltraitance subie par les jeunes filles victimes d’une « interprétation rigoriste de l’islam ». « Nous ne devons pas céder un pouce de terrain là-dessus, ajoutait-il, à l’école, dans les services publics, dans les hôpitaux. » S’appuyer sur les communautés, c’est « perdre l’esprit de la République ». Le ministre n’est pas pour une discrimination « positive » à la mode américaine, « qui a fait la preuve de son inefficacité ». On doit répondre à l’aspiration républicaine par des critères sociaux, mais « pas par des critères de race, ethniques, ou religieux. Si nous entrons dans ce schéma, et c’est le risque que nous fait courir la discrimination positive, nous perdons l’essence républicaine ».

Autre volet de l’intervention du ministre, les actes antisémites, leurs élucidations et les sanctions qui ont suivi, sanctions appropriées à l’acte comme dans le domaine de la drogue ou vis-à-vis de la politique des mineurs : « Il faut faire connaître la règle et qu’elle soit respectée. »

Mais le ministre a plus particulièrement détaillé les projets du gouvernement et les siens en matière « d’immigration clandestine ». Après la publication, lundi, par le Figaro d’extraits du rapport d’une soixantaine de pages que le premier ministre doit présenter aux parlementaires « sur les orientations de la politique de l’immigration du gouvernement » (et sur lequel nous reviendrons), Dominique de Villepin a fait le catalogue de ses propres dispositions en cours et à venir : « À Roissy, il y avait cinq cents demandes d’admission, il y en a moins de 100. En matière de reconduites, il y a augmentation, même si ce n’est pas suffisant. La lutte contre l’immigration irrégulière est décisive car nous voulons donner toute la place à nos compatriotes qui sont en difficulté et nous devons avoir une crédibilité dans ce domaine. »

Répression contre les clandestins

Création d’un office de lutte contre le travail illégal - ce qui ne veut pas dire régularisation des travailleurs clandestins, comme ont eu l’air de le penser certains. Création d’une police de l’immigration, de pôles d’immigration où les services administratifs des préfectures seront réunis avec les effectifs de sécurité de police et de gendarmerie. Création d’un service central de l’immigration « pour que toutes les capacités des Affaires sociales, des Affaires étrangères, de l’Intérieur, de la Santé soient réunies dans une seule main ». Comme d’habitude, la politique répressive ne s’attaque jamais aux problèmes de fond.

Émilie Rive