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Fin de voyage mortelle pour un clandestin guinéen
Arrivé à bord d'un pétrolier, il a été trouvé mort dans la Seine.

Par Nathalie CASTETZ

Libération - samedi 04 octobre 2003

Le jeune Guinéen était parti de Conakry avec quatre camarades. A la première escale, lundi, à Port-Jérôme (Seine-Maritime), ils ont tenté de gagner le rivage. Le Havre correspondance

ls voulaient tout simplement «trouver du travail». Alors les cinq jeunes Guinéens se sont approchés en pirogue de la coque du Baltic-Captain-1, un pétrolier de 182 mè tres battant pavillon chypriote, amarré au port de Conakry. Ils ont grimpé sur le gouvernail pour se cacher dans un renfoncement, à quelques mètres au-dessus de la ligne de flottaison.

Onze jours durant, ils sont restés là, le temps de remonter l'Atlantique. Jusqu'à la première escale, lundi, quand le pétrolier a accosté le quai de ravitaillement de la raffinerie ExxonMobil, à Port-Jérôme (Seine-Maritime). Les passagers clandestins se sont jetés dans la Seine pour gagner le rivage. L'un d'eux ne verra pas la France.

Accident. Mardi vers midi, un employé communal découvre un corps dans la vase, en aval du phare de Quillebeuf-sur-Seine, dans l'Eure. Une autopsie, ordonnée par le parquet de Bernay, a accrédité la thèse de l'accident, confirmée par les témoignages des survivants qui sont entendus par les gendarmes de l'Eure et la police aux frontières, au Havre.

Les autres, n'ayant pas demandé l'asile politique, devraient être renvoyés dans leur pays d'origine samedi. Ils disent s'appeler Mohamed, Amadou, Traoré et Jack. Avoir 13, puis 15, voire 20 ans, et être Guinéens. Finalement, une radiographie osseuse révélera qu'ils sont tous majeurs et une visite au consulat, vendredi à Paris, confirme leur nationalité.

Le premier, tout trempé, vêtu d'un bermuda et d'un tee-shirt, a été intercepté côté Seine-Maritime, lundi soir vers 21 heures, par un gardien de l'appontement d'ExxonMobil. Un peu plus tard, des agents de la police municipale découvrent deux autres jeunes, sur la route industrielle longeant les raffineries. En état d'hypothermie, ils sont con duits à l'hôpital. Leur récit laisse entendre qu'ils n'étaient pas seuls. Les recherches sont menées dans la nuit par pompiers, policiers et gendarmes, sur les deux rives, Eure et Seine-Maritime. Un quatrième naufragé, découvert frigorifié à 2 heures du matin, réfugié dans un abri d'autobus, est transporté aux urgences.

Cache inaccessible. Les vingt membres de l'équipage, russes et ukrainiens, pouvaient-ils ignorer la présence des clandestins à bord ? Leur cache se serait révélée inaccessible de l'intérieur du pétrolier. «Comme dans le train d'atterrissage d'un avion, explique cet assureur maritime. Mais ils se seraient retrouvés dans l'eau si le navire avait chargé sa cargaison.» Depuis, le pétrolier a mis le cap au large de Rotterdam et pratique la vente flottante, écoulant sa cargaison aux plus offrants.