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"Expulsions : Sarkozy fait du chiffre"

Par Guillaume Rollin

Libération -samedi 26 juillet 2003


Les défenseurs des droits de l'homme contestent les statistiques.

Lors de la présentation de son projet de loi sur la maîtrise de l'immigration, début juillet, Nicolas Sarkozy affirmait à l'Assemblée que «les chiffres ne doivent pas faire l'objet de polémique». C'est raté. Les protestations des associations ont immédiatement fusé. Jeudi, la place Beauvau a annoncé une hausse de 9,4 % du nombre d'étrangers expulsés au cours du premier semestre 2003 par rapport au premier semestre 2002. «La période du laxisme est terminée», s'est félicité Nicolas Sarkozy, lors de sa visite en Guyane. On fait dire ce que l'on veut aux chiffres, répondent les défenseurs des droits de l'homme et des étrangers.

Refoulés. Si, devant les députés, le ministre se fait l'apôtre des statistiques fiables ­ «Je regarde les chiffres tous les soirs. Aujourd'hui, on dénombre 192 étrangers à Roissy. Hier, ils étaient 193», leur disait-il en séance ­, les chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur semblent, eux, très contestables. Le communiqué officiel annonce un nombre précis de mesures d'éloignement entre janvier et juin 2003 : 16 893 procédures, exactement. Et détaille ces résultats : 5 265 sans-papiers interpellés sur le sol français et renvoyés dans leur pays d'origine. 5 812 autres refoulés à la frontière, le plus souvent dans la zone internationale de l'aéroport de Roissy : ce sont les «non-admis». Quant aux 5 816 derniers, les «réadmis», ils ont été remis aux autorités d'autres pays de l'espace Schengen par où ils avaient transité. Mais les associations contestent ces résultats.

Vols normaux. D'abord, le ministère n'a pas fourni de moyens de comparaison avec l'année précédente pour les trois types de procédures, pour la bonne raison que les critères d'évaluation ne sont pas les mêmes pour les non-admis et les réadmis. Restent les 5 265 sans papiers interpellés. C'est sur eux seuls que porte la fameuse augmentation de 9,4 %. De plus, le ministère parle de 57 vols groupés, «organisés dans des conditions commerciales normales» ­ sans préciser charters ou vols commerciaux ­, qui ont permis d'éloigner 893 personnes. Après vérification auprès du ministère, 570 l'ont été sur des vols réguliers, 323 étrangers ont été éloignés sur sept vols spécialement affrétés.

«Ces chiffres ne sont ni compréhensibles, ni cohérents», dénonce Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l'homme (LDH), argument partagé par Amnesty International. Pour le Mrap, «c'est le signal d'ouverture d'une chasse aux sans-papiers». A la Cimade, service oecuménique d'entraide, on rejette l'idée même de ces publications de chiffres mensuelles : «Sarkozy ne communique que par chiffres. Il y a pourtant bien d'autres choses à dire sur l'immigration».
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