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Une polémique à Air France après la mort d'un clandestin

Le nouvel observateur

24 octobre 2003

Deux enquêtes ont été ouvertes après qu'un pilote en provenance du Congo a continué à voler plus de six heures jusqu'à destination après avoir été averti 80 minutes après le décollage de la probable présence d'un clandestin dans le compartiment du train d'atterrissage. A Roissy, le passager africain a été retrouvé mort. Selon un expert, le clandestin était "déjà mort" lorsque sa présence a été signalée.

Prévenu de la probable présence d'un clandestin dans le train d'atterrissage de son Airbus A330, une heure vingt après avoir décollé de Brazzaville (Congo), un pilote d'Air France a continué à voler plus de six heures pour atterrir à Roissy, où l'Africain a été retrouvé mort.
Deux enquêtes sur ces faits remontant au 10 octobre ont immédiatement été ouvertes: une confiée à la gendarmerie des transports aériens et une interne à Air France, comme il est d'usage en cas d'incident grave.
Le passager clandestin était "déjà mort" lorsque le pilote a été prévenu de sa présence, a estimé vendredi François Grangier, expert enquêtes-accident sur Europe-1, affilié au Syndicat national des pilotes de lignes (SNPL).
"Il est clair qu'aux altitudes auxquelles on monte, le manque d'oxygène provoque la mort de manière quasi instantanée", a-t-il expliqué. Il a souligné le risque qu'aurait fait courir le pilote aux passagers de l'appareil s'il avait décidé d'effectuer un atterrissage d'urgence.
"Faire une descente d'urgence au milieu de l'Afrique et aller essayer de se poser sur le terrain qui est juste en-dessous (...) de nuit peut présenter un risque majeur pour le reste des passagers".

Rares cas de survie

Le commandant de bord du vol AF897, parti le 9 octobre à 20h22 GMT de Brazzaville, a été informé par l'aéroport de Brazzaville une heure et vingt minutes plus tard de la présence de ce clandestin dans le train d'atterrissage, a annoncé un commandant de bord, s'exprimant sous couvert de l'anonymat. Le vol durait environ huit heures.
"Le pilote a été prévenu au bout d'une heure vingt de l'éventuelle présence d'un clandestin dans le logement du train d'atterrissage", a confirmé jeudi une porte-parole d'Air France, en précisant qu'il n'avait pas fait demi-tour.
Le commandant de bord du vol AF897 s'est refusé à tout commentaire.
Dans la plupart des cas, les passagers cachés dans le train d'atterrissage d'un vol long courrier meurent de froid ou d'asphyxie. Leur corps tombe souvent à l'approche des aéroports, à l'ouverture du train.
Interrogé sur les cas de survie pourtant constatés, notamment celui d'un Cubain d'une vingtaine d'année qui avait voyagé en décembre 2002 dans le train d'atterrissage d'un appareil entre Lyon et Montréal, François Grangier a indiqué qu'ils relevaient du mensonge.
"Il n'y a pas de cas de miraculé", a-t-il dit. "Ces gens-là prétendent voyager dans le train d'atterrissage parce que c'est le seul endroit où éventuellement ils peuvent se glisser sans complicité (...) en fait, ils voyagent dans la soute à bagages". "C'est criminel de dire que l'on peut survivre dans le train d'atterrissage", a-t-il jugé : "Ce n'est pas possible (...) on ne peut pas résister au manque d'oxygène".

-50°C entre 9.000 et 10.000 mètres

En décembre 2002, un Cubain d'une vingtaine d'années avait bravé le froid dans le train d'atterrissage d'un DC-10 de la compagnie cubaine qui assurait la liaison La Havane-Montréal, où il est arrivé vivant bien qu'en hypothermie.
Les températures descendent à -50°C entre 9.000 et 10.000 mètres, altitude à laquelle volent les avions de ligne. Les logements de train d'atterrissage ne sont ni chauffés, ni pressurisés.
Selon un troisième pilote d'Air France qui a aussi tenu à rester anonyme, "le commandant de bord a dû juger l'information trop frêle pour se poser. Et puis l'Afrique, ce n'est pas comme la France, il faut pouvoir se poser en pleine nuit, se ravitailler en carburant, avoir la bonne météo". (avec AP)


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