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RFI

Article publié le 12/10/2000

«L'inacceptable» zone d'attente de Roissy

Extrait du rapport de Louis Mermaz

La zone d'attente de l'aéroport de Roissy est celle dont on parle, à juste titre, le plus souvent. Il s'agit, tout d'abord, d'une structure complexe, presque tentaculaire, car il faut distinguer:
- la «zone d'attente des personnes en instance n° 1» (dite ZAPI 1), qui correspond à deux étages d'un hôtel IBIS réquisitionnés par le ministère de l'intérieur (120 lits);
- ZAPI 2, qui recouvre une partie, bien délimitée, du centre de rétention du Mesnil-Amelot, transformée, en juillet dernier, pour faire face à la saturation des capacités d'accueil de l'hôtel IBIS, en zone d'attente. Seuls des hommes sont susceptibles d'y être accueillis (72 lits);
- ZAPI 3 est encore un lieu en devenir. D'une capacité de 160 lits, ce nouvel espace devrait entrer en activité dès le début de l'année prochaine. L'hôtel IBIS sera alors restitué à ses propriétaires et retournera à sa vocation première, à savoir l'hôtellerie, la vraie;
il y a, enfin, les cellules de police situées dans les différents terminaux de l'aéroport. Elles offrent aux personnes en situation de transit interrompu, à qui a été opposé un refus d'entrée ou qui demandent l'asile politique, leurs premières images de notre pays, en attendant leur transfert dans l'une des infrastructures précitées.

La zone d'attente de Roissy, ce sont, ensuite, des chiffres: 7 921 personnes en 1998, 12 590 en 1999 (dont 1 663 mineurs), déjà 12 503 (dont 945 mineurs) entre le 1er janvier et le 20 septembre de l'année en cours.

Impossible de tout voir : la visite s'est limitée à ZAPI 1 et aux postes de police des terminaux 2A et F. Ce jour là, 166 personnes, dont 20 mineurs, étaient placées en zone d'attente à Roissy, dont 92 à l'hôtel IBIS (45 au premier étage, 47 au second) et 74 au Mesnil-Amelot.

Les deux étages de l'hôtel IBIS sont conçus de façon identique. C'est donc là que sont «entassés» la plupart de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants qui recherchent la liberté, de quoi manger, ou un avenir, tout simplement.

Le ministère de l'intérieur affirme que dans ce lieu, «des prestations de type hôtelier» sont proposées. Un type hôtelier un peu particulier tout de même, comme en témoigne cette inscription relevée sur un tableau placé en évidence dans le hall d'entrée : «A nettoyer : sang et cafards».

«des conditions de promiscuité inacceptables»

Il paraît que la situation a été substantiellement améliorée, en 1998, par des travaux de rénovation, puis, en 1999, grâce à la réquisition du second étage de l'hôtel. C'est sans doute vrai. L'assistance médicale, elle aussi, a été renforcée : une infirmière de jour est présente en permanence ; un médecin assure une rotation une fois par jour en semaine, essentiellement pour les enfants. Mais les chambres sont petites, et dépouillées, à l'exception de quelques lits. Les fenêtres sont scellées, ce qui renforce cette impression d'enfermement, voire d'étouffement, que l'on ressent en pénétrant dans ce lieu. L'aération s'en ressent : l'odeur est forte, parfois difficilement supportable. Les personnes qui sont là, entassées, dans des conditions de promiscuité inacceptables, sont contraintes à l'inactivité du fait de l'absence d'équipement ou de lieu collectif, à l'exception d'une pièce exiguë appelée «réfectoire». Elles stationnent dans l'un des longs couloirs, près de la «cabine» téléphonique occupée en permanence ou devant les bureaux réservés aux représentants du ministère des affaires étrangères et de l'OMI, qui n'étaient pas présents le jour de la visite. Ces derniers sont chargés, en principe, de fournir aux personnes les effets élémentaires dont elles peuvent avoir besoin. Comment se fait-il, alors, qu'une femme enceinte de cinq mois puisse se plaindre d'être privée de sous-vêtement de rechange depuis plus de quatre jours ? Ses propos, ses cris, de misère et de révolte, créent un certain malaise... et semblent accréditer les dires des associations qui dénoncent le caractère virtuel de la présence des agents de l'OMI.

La visite des postes de police des terminaux de l'aéroport est plus rapide.
Le terminal 2A reçoit, essentiellement, les personnes en provenance d'Afrique et d'Asie. C'est un point stratégique : 35 % des immigrants clandestins interpellés à Roissy débarquent, dit-on, d'un avion de la compagnie Air Afrique, ce qui incite les services de police à multiplier les «contrôles passerelle», à la sortie immédiate de l'appareil. Ces vols arrivent généralement très tôt le matin, bien avant 8 heures, horaire à partir duquel les associations sont théoriquement autorisées à visiter les zones d'attente. Quatorze personnes, dont deux femmes, sont présentes ce jour dans le local de police. D'après les responsables de la PAF, elles n'ont pas vocation à passer plus de quelques heures dans la petite pièce d'une quinzaine de mètres carrés, meublée de quelques bancs, qui leur est réservée. Mais il y a peu de temps encore, avant l'ouverture de ZAPI 2, le séjour pouvait s'y prolonger. L'Anafé, qui l'avait constaté, évoquait alors une «vision d'horreur» : on l'imagine aisément.
Le terminal F recueille, pour sa part, les arrivées en provenance d'Amérique du Sud, d'Asie et du Moyen-Orient. Le poste de police était vide le jour de la visite.